"Il est bien vrai que nous sommes une poussière et une ombre ;
Il est bien vrai que le désir est aveugle et insensé ;
Il est bien que l'espérance ne sert qu'à nous abuser."
Si vous venez de perdre votre amour et que vous êtes au bord du gouffre, la lecture du "Canzoniere" vous fera faire un grand pas en avant... avis aux amateurs !
365 poèmes - un pour chaque jour de l'année -, 365 jours d'abyssale souffrance pour le pauvre Petrarque qui a fait de sa Laure ce qu'était Béatrice pour Dante : un objet de gloire (au sens théologique) et d'amour fou ; à la différence que dans La Divine Comédie, Béatrice conduit le poète vers l'extérieur, vers la lumière, alors que chez Petrarque, la "Dame" ne fait qu'enfoncer davantage, bien malgré elle, à l'intérieur des cercles de l'enfer dans une sorte de chemin à rebours. C'est ce qui se passe à travers le processus d'idéalisation : l'aimée devient Dieu, et Dieu, par l'effet combiné de sa perfection et de son absence, fait mortellement souffrir. Chaque seconde, chaque chose, chaque parcelle d'espace-temps se recouvre d'une odeur de souffre, et cela devient le martyr d'une vie... et une œuvre de génie.
Psalmodie langoureuse et obsessionnelle, élégie vertigineuse et empoisonnée, chef-d'œuvre de la poésie italienne et de la littérature humaniste, œuvre sans équivalent dans l'histoire littéraire, voilà un "classique" qui à lui seul amena son auteur au panthéon de la postérité.
A savourer en italien si possible, à (re)découvrir en français sinon.