Quitte à s'informer sur la théorie néolibérale qu'on nous impose, autant accéder directement aux textes fondateurs. De ce point de vue, « Capitalism and Freedom » (1962) ne déçoit pas. On y trouve un exposé détaillé du corps de la théorie et de ses applications dans tous les domaines : la monnaie, les accords internationaux, la fiscalité, l'éducation, la santé et d'une façon générale toutes les composantes de la politique sociale de l'État. L'auteur tente à chaque fois de démontrer que l'entreprise privée ferait mieux que l'État pour moins cher. En fait, l'argumentaire n'est jamais idiot et toute critique intelligente « de gauche » ferait bien d'y répondre soigneusement, point par point.
Le problème n'est pas là. Le problème est que les applications qui ont été faite des idées de Friedman (l'École de Chicago) depuis des dizaines d'années un peu partout (Amérique du Sud, Asie, pays de l'Est notamment) ont toujours mené à des désastres majeurs. Ce livre doit donc être considéré comme une utopie -il n'y a pas que des utopies de gauche-. Comme toute utopie, son application se heurte à la réalité : elle doit alors être imposée par la force brutale, les gens meurent en grand nombre et les libertés fondamentales sont gravement bafouées.
Où l'auteur se trompe-t-il grossièrement ? Sans doute dans l'attention insuffisante qu'il accorde aux monopoles. Il voit bien que ceux-ci émergent peu à peu pour des raisons techniques, mais soutient que les monopoles privés sont un moindre mal.
Dans tous les cas, ce livre important est à lire avec soin, mais on en lira pas moins dans la foulée, la critique impitoyable qui a été faite des politiques néolibérales et de l'engagement personnel de l'auteur et de ses disciples auprès des dictatures dans l'excellent livre de Naomi Klein : La stratégie du choc.