Ce livre est attachant parce que les auteurs l'ont sans doute écrit avec sincérité, parce que les valeurs qu'ils défendent sont louables, et parce que Keynes est un génie. Par ailleurs il survole plusieurs auteurs, ce qui peut donner d'utiles idées de lecture. Le plan : 1. Freud, 2. Keynes, 3. Freud et Keynes, manque cruellement d'originalité. La première partie est un exposé peu convaincant en trente pages de la pulsion de mort freudienne et de quelques idées de Freud et d'autres auteurs sur la psychologie de l'argent. A noter un passage amusant dans lequel les auteurs s'interrogent sur l'origine d'une idée de Norman Brown sur les lys des champs, avant de conclure qu'elle vient "probablement de Keynes". En fait, son auteur original n'est autre que Jésus de Nazareth (Matthieu 6.28 dans ma traduction du bon roi Jacques). Comme quoi, quand on s'intéresse à la psychologie de l'argent, on peut avantageusement passer vingt minutes à lire l'Evangile avant de se gargariser de Freud ou Keynes !
La partie sur Keynes est un peu plus intéressante mais la tentative de rapprocher les deux auteurs est douteuse. Certes il se sont lus mais ils ne se sont jamais rencontrés. On mesurera la force des arguments donnés : ils se ressemblent aussi car ils aiment les voyages, le bon vin et la bonne chère (page 145). L'ensemble est plus rigoureux que les autres livre de Bernard Maris, mais il reste des fautes d'orthographe, notamment en Anglais ("banque Bahrings", "rate over return"). J'ai été surpris par le relais péremptoire page 85 note 59 d'accusations portées (sans donner de source) contre Carl Jung. Ces accusations, fondées, on le sait, sur un papier de Jung de 1934 (Zur gegenwärtigen Lage der Psychotherapie), mais aussi peut-être sur l'interprétation d'un rêve de Jung par Freud en 1908, auraient pu être présentées dans leur contexte.