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5.0 étoiles sur 5
un classique indémodé, 12 décembre 2008
Ce commentaire fait référence à cette édition : Carlos Kleiber : Der Rosenkavalier (Coffret 2 DVD) (DVD)
Le Chevalier à la rose a fait les beaux jours de l'Opéra d'État de Bavière dans les années 1970 et 1980. La mise en scène au degré zéro par Otto Schenk servait en quelque sorte de support neutre aux miroitements de la musique. Car l'événement avait lieu dans la fosse, où officiait Carlos Kleiber, l'Alcandre de l'orchestre... et du chant. Avec lui, l'énergie, le mouvement devaient être présents, mais surtout pas l'effort. Ainsi, il propulse l'orchestre dans chacun des trois actes alors que les applaudissements battent leur plein, dans une ambiance tourbillonnante et vaporeuse, comme pour joindre la salle, la fosse et la scène : il s'agit d'une fête autant que d'un spectacle. La direction est de bout en bout idéale de beauté, d'humour, de caractérisation, de style. Brigitte Fassbänder, suprême garçonne, prend place parmi les grands Octavian, de même que Lucia Popp est une Sophie de rêve. Jungwirth (Ochs) et Kusche (Faninal), sans être immortels, ne déparent pas. Mais c'est encore Kleiber, qui faisait chanter Isolde par Ligendza et Margaret Price, qui réussit l'exploit exactement inverse : nous faire supporter Gwyneth Jones en Maréchale. Elle peut le remercier d'avoir constamment refusé l'enregistrement audio pour ne concéder qu'une vidéo : on ne l'entend pas sans la voir, ce qui lui réussit toujours. On y gagne même sous certains aspects, car le partenariat avec Fassbänder est remarquable. Et il faut reconnaître qu'elle a rarement chanté, sinon aussi bien, du moins aussi peu mal. Cela n'en fait pas une Marie-Thérèse, mais on a des consolations...
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5.0 étoiles sur 5
de l'art d'alléger la crème fouettée, 18 décembre 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Carlos Kleiber : Der Rosenkavalier (Coffret 2 DVD) (DVD)
Je dois le reconnaître, j'ai longtemps émis des réserves sur le Rosenkavalier de R.Strauss que je percevais à la fois comme précieux et indigeste. Précieux en raison des excès de raffinements du livret, indigeste en raison d'une écriture orchestrale fastueuse et opulente à l'excès.
La découverte de cette production de l'opéra de Munich m'a fait changé d'avis. Ce n'était pourtant pas gagné car la mise en scène d'Otto Schenk ne va pas dans le sens de la légèreté, c'est même dans un véritable océan de crème fouettée qu'il nous plonge, bien aidé il est vrai par les décors somptueux et parfois un peu kitsch de Jürgen Rose.
Oui mais voilà, comme antidote absolue aux lourdeurs d'estomac, il y a Carlos Kleiber et c'est d'ailleurs sa présence qui m'a incité à surmonter mes préjugés, ce que je ne regrette pas.
Cet opéra était un de ses ouvrages préférés (si ce n'est son opéra fétiche) et il le dirigea plus de 150 fois entre 1964 et 1994.
Ce qu'il nous est donné à voir ici est une représentation de juin 1979 dans ce qui fut la production emblématique de l'opéra de Munich des années 70 et qui fut reprise à Vienne et Tokyo en 1994 (sans Otto Schenk) pour ce qui devait être la dernière représentation d'opéra dirigée par Carlos Kleiber.
En 1979, cette production, bien rodée, était sans doute à son zénith. Côté distribution, elle est marquée, à mon sens, par une interprète de génie : Brigitte Fassbaender. Je n'ai pas beaucoup de recul sur cet opéra, mais je n'imagine pas une interprétation plus convaincante du rôle d'Octavian. A la base, Fassbaender à un gros avantage : un physique naturel de garçon manqué, elle y ajoute une totale compréhension de la psychologie d'un garçon de 17 ans dont elle traduit idéalement la fougue, l'audace, la sensualité mais aussi l'espièglerie ; et comme la performance vocale est à l'avenant, nous sommes en présence d'une très forte incarnation lyrique, de celles qui marquent le temps et les esprits.
Lucia Popp est vocalement une Sophie de rêve, le rôle semble écrit pour elle. Oserais-je une minime réserve ? en 1979, elle a 40 ans et correspond sans doute plus à l'idée que l'on se fait de la Maréchale que d'une oie blanche comme Sophie. Peu importe, la beauté de sa voix nous fait oublier ce détail. Côté Maréchale, c'est un peu le problème inverse, la voix n'est pas idéale, Gwyneth Jones n'a jamais été la meilleure chanteuse du monde, la voix est toujours aussi instable. Oui mais voilà, il y a l'incarnation et quelle incarnation, elle s'est totalement fondue dans la peau de la Maréchale avec qui elle ne fait qu'un. Elle habite son rôle dont elle exprime à la fois la prestance, la sensualité mais aussi la tristesse et la mélancolie devant l'inexorable marche du temps. On en finit par oublier ses petits problème de justesse et son vibrato incertain.
Face à ce trio de dames souveraines, le baron Ochs de Manfred Jungwirth fait le métier. A vrai dire le rôle est presque inratable, en effet, on ne lui demande pas de bien chanter, mais d'être gras, vulgaire et bête, ce que Jungwirth fait parfaitement.
Mais le grand triomphateur de la soirée est bien évidemment Carlos Kleiber, le « magicien » n'attend même pas que les applaudissements cessent pour lancer son orchestre et nous faire décoller de terre. Sa direction d'orchestre est la quintessence de l'élégance et il transfigure tout ce l'écriture de Strauss pourrait avoir de trop riche. Cette sublime comédie, cette joyeuse farce faite au Baron Ochs dure quand même trois heures qui m'ont semblé s'être écoulées en un instant.
Sublime.
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