5.0 étoiles sur 5
L'imagination au pouvoir, 25 juin 2006
Ce commentaire fait référence à cette édition : Carmina Burana / Firebird Suite (CD)
Stokowski prend le contre-pied de toutes les versions qui flattent la dimension symphonique de l'oeuvre pour retrouver sa vocation originellement scénique.
Il n'est que d'entendre son "O Fortuna", inquiétant par la seule déclamation strophique du texte, pour comprendre que nous sommes ici au théâtre, emmenés d'une traite vers l'univers magique que souhaitait suggérer le compositeur.
Rapprochée et réverbérée, la prise de son accentue encore l'impact physique des instruments.
Les solistes et les choeurs se veulent protagonistes d'une action dramatique, où importe plus la spontanéité que la beauté du chant.
Absolument génial, Guy Gardner compte parmi les barytons les plus impliqués de la discographie, aussi à l'aise dans l'imprécation de l'abbé de Cocagne que dans le jeu de séduction de la Cour d'amour.
Dirigé à la pointe, l'orchestre signe là une lecture à nulle autre pareille, complément indispensable du hiératisme de Eugen Jochum ou de la poésie de Herbert Kegel.
Quant à la Suite de "l'Oiseau de feu", gravée avec l'orchestre Philharmonique de Berlin en 1957, elle est abordée avec une distance philosophique.
Hormis la "danse de Kastcheï" surprenante à souhaits, l'imagination foisonnante de Stokowski développe une approche aplanie, alentie, réflexive, quasi wagnérienne dans sa quête de la métaphysique sous-jacente du conte.
Inhabituel, étrange, mais tout aussi révélateur que sa conception des "Carmina Burana".
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