L'action se déroule sur deux jours, dans la Flandre de 1616. Le peintre Jan Bruegel et la fille du maire sont amoureux mais celle-ci s'apprête à être mariée de force à un conseiller municipal. L'arrivée impromptue d'un régiment espagnol en route vers les Pays Bas et venant faire halte dans la ville va tout bouleverser.
Le dialoguiste et chroniqueur Henri Jeanson fit dans le Canard Enchaîné de l'époque une critique très élogieuse de ce film, étrangement tombé dans l'oubli depuis. Peut-être est-ce dû en partie aux positions très discutables de son réalisateur, Jacques Feyder, pendant la guerre. Toujours est-il qu'artistiquement parlant, cet oubli semble immérité.
A plusieurs reprises, bien que n'étant pas spécialiste de théâtre, j'ai pensé à Molière : amours contrariées, différents degrés d'humour, quiproquos, médiocrité des hommes, force des femmes, hypocrisie religieuse ... Même les dialogues y font songer. A ce sujet, il est vraiment dommage que l'édition DVD, irréprochable quant à la qualité de l'image, soit si médiocre au niveau du son, surtout compte tenu des moyens dont on dispose pour éliminer le bruit de fond et éclaircir les voix. Heureusement que les acteurs ont une bonne diction ; à croire qu'à l'époque on leur apprenait à articuler. Deux d'entre eux se distinguent notamment : Françoise Rosay en femme de tête, féministe avant l'heure, la mine pincée et le verbe haut ; Louis Jouvet ensuite, dans un rôle de moine cupide, vaguement libidineux, les traits à la fois fixes et formidablement expressifs.
Et voilà. Hormis une scène brutale qui à mon avis est de trop (le pillage de la ville), vous avez là une comédie alerte, de près de deux heures, bien écrite, ne se prenant pas au sérieux et ne donnant de leçon à personne. On réalisait de tels films en 1935, aux débuts du cinéma parlant en France. C'en est presque triste.