Peut-être est-ce parce que j'ai découvert cet artiste avec cet album, mais je n'ai jamais depuis retrouvé le même enthousiasme en écoutant d'autres disques de ce grand musicien que le jour où une borne d'écoute chez un grand magasin d'articles culturels a fait exploser dans mes oreilles les irrésistibles mélodies de Neil Hannon et de son merveilleux arrangeur Joby Talbot. Loués soient leurs noms! Il y avait de quoi sauter en l'air!
Songez-donc: au lieu des guitares plus ou moins acérées des années grunge, un petit freluquet à la voix puissante et à l'ironie mordante me racontait des histoires d'amour fort contrarié ("Something For The Weekend", "The Frog Princess")ou de cynique désabusé, mais romantique ("Becoming More Like Alfie", "Songs Of Love) avec une grande ampleur sonore, mais en usant (et abusant diront les détracteurs, surtout avec les deux albums suivants) d'un orchestre symphonique.
Le petit Irlandais voulait faire son Scott Walker, mais avec moins de finesse, et surtout moins de sérieux, vu l'ironie très présente dans ses textes, mais mis à part ce petit excès d'ambition après tout pardonnable (comme disait Hugo: "je serai Châteaubriand, ou rien!"), il nous délivrait là, après deux albums plus sages, un maelström sonore, parfois un peu trop bruyant ("Charge", que j'ai renoncé à écouter), mais pour le reste absolument fascinant.
Ecoutez le début de l'album enfiler les tubes comme d'autres les perles, avec des mélodies que vous passerez des heures à chanter sous la douche, écoutez "The Frog Princess" et sa relecture de "La Marseillaise" placée dans l'intro, (beaucoup de clins d'oeil à la France, un pays qui le lui rend bien, chez Divine Comedy), avant que ne retentisse un refrain imparable.
Alors, pièce montée? Oui! Si vous aimez les arrangements piano-voix, un conseil: FUYEZ! "Casanova" a été fait pour les amoureux du grandiose, et pour ce qui me concerne, malgré tous les jolis succès qu'il s'est offerts par la suite, jamais Neil Hannon n'a réuni autant de grandes chansons pop que dans cet album. Chapeau, l'artiste!