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Replonger dans l'univers sonore de Burt Bacharach ne revient pas seulement à remonter le temps vers une époque musicale (les sixties) pétillante, débraillée et pour ainsi dire surannée, mais simplement identifier un compositeur qui n'a peut-être jamais autant été à la mode. Remis au goût du jour par Diana Krall avec le succès qu'on lui connaît, reprise dans le dernier film de Steven Spielberg (
Arrête-moi si tu peux), "The Look of Love" donne également son titre à une compilation anniversaire qui fête les soixante-quinze ans du musicien. Bien avant la série des
Austin Powers, qui reprend d'ailleurs certains titres du compositeur,
Casino Royale parodiait allègrement les James Bond, suivi dans ses délires par l'alter ego fantaisiste de John Barry. Délicieusement idiote, insensiblement séduisante et cocasse, cette musique, en apparence décérébrée, qui cultive l'absurde musical avec une jubilation assumée et contagieuse dissimule au-delà de sa nonchalance une grande qualité d'écriture. Il suffit d'écouter la fanfare poilante qui sert de thème principal pour s'en convaincre : rares sont les compositeurs capables de maîtriser la futilité avec une telle réussite, une telle science de la dérision et la séduction réunies. Une réédition légère comme des bulles de champagne, faussement superficielle et réellement ensorcelante.
--Jean-Christophe Arlon
Critique
Pour le compte de cette bande originale d’un film, qui reste comme une aimable pochade, parodiant avec humour, et un sens très britannique du second degré, l’univers codifié à l’extrême les aventures de James Bond 007, le compositeur américain a pris un parti exactement identique, cultivant dans les treize pièces de sa partition dérision, légèreté, frénésie des collages (oscillant tout en souplesse du rock au jazz pour grand orchestre, en passant par la musique de genre, ou exotique), et élégance. Il ne laisse néanmoins à personne le soin de rappeler ses propres canons à l’usage de la pop music (mélodie simple, et orchestrations complexes).
Le thème d’ouverture (interprété par Herp Alpert And the Tijuana Brass) reste en ce sens emblématique de ce que la musique populaire peut atteindre comme efficience sans sombrer dans la mièvrerie. Et
« The Look of Love », immortalisé ici par Dusty Springfield, constitue l’un des sommets des carrières, et du musicien, et de son interprète.
A noter que le tout est co-produit par l’immense Phil Ramone, qui venait un an auparavant et en tant qu’ingénieur du son prodige, d’offrir au monde ébahi l’immaculé
Getz/Gilberto, album historique, et principal acteur de la vague bossa-nova qui allait déferler sur la planète.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story