Pour le meilleur comme pour le pire, c'est à ce stade de sa carrière le plus élaboré de tous les albums de Bright Eyes (rien que dans son
packaging !) et le plus recommandable pour le profane. Inspiré au chanteur par un séjour passé dans une communauté faite moitié de doux dingues, moitié d'escrocs, et nommée...
Cassadaga (où Conor Oberst s'était retiré un temps pour faire un break), c'est celui où Oberst et son complice de toujours Mike Mogis ont pu donner libre cours à toutes les fantaisies qu'ils avaient jusque-là réprouvées en studio, avant tout par manque de moyens.
En tant que producteur et instrumentiste, Mogis n'a sans doute jamais été aussi bien servi qu'ici et, s'il n'y avait la voix d'Oberst et sa guitare, on aurait du mal à croire à la première écoute qu'on a affaire à un album de Bright Eyes. Après une plage d'intro expérimentale assez éprouvante et longue de pas moins de six minutes (
« Clairaudients »), on revient au style habituel de Conor Oberst, grand auteur de ballades bâties sur trois accords (les Beatles viennent d'ailleurs souvent à l'esprit) et on cède à nouveau au charme de ses mélodies parfois naïves et de son timbre très spécial, resté celui d'un adolescent.
On n'en est que plus marqué par sa voix quand on écoute des paroles aussi tristes que celles de
« Cleanse » ou
« I Must Belong Somewhere ». Un violon et un orgue antédiluvien sont mis en avant, ainsi qu'un orchestre, qui déploie ses fastes sur plusieurs chansons. Celles-ci ne sont pas toutes des plus inoubliables, mais en vérité, aucun album de Bright Eyes n'est dépourvu de faiblesses – et c'est ici qu'elles sont les moins criantes.
Mais Conor Oberst est encore jeune et il a tout à fait les moyens de réaliser l'album parfait que tout le monde attend de lui, une chanson comme
« Soul Singer in a Session Band » montrant au moins, avec ses accents de
« Like a Rolling Stone » de fin de décennie, que ses talents de conteur ne sont pas près de s'éteindre.
Et rien que pour écrire des merveilles comme
« Lime Tree » ou
« No One Would Riot for Less », plusieurs de ses confrères seraient prêts à n'importe quoi. On raconte partout que fin 2007, ce Cassadaga était même le disque de chevet de l'acteur Johnny Depp et, puisque « M. Paradis » ne se trompe que rarement...
Frédéric Régent - Copyright 2013 Music Story