Critique
Pour le meilleur comme pour le pire, c'est à ce stade de sa carrière le plus élaboré de tous les albums de Bright Eyes (rien que dans son
packaging !) et le plus recommandable pour le profane. Inspiré au chanteur par un séjour passé dans une communauté faite moitié de doux dingues, moitié d'escrocs, et nommée...
Cassadaga (où Conor Oberst s'était retiré un temps pour faire un break), c'est celui où Oberst et son complice de toujours Mike Mogis ont pu donner libre cours à toutes les fantaisies qu'ils avaient jusque-là réprouvées en studio, avant tout par manque de moyens.
En tant que producteur et instrumentiste, Mogis n'a sans doute jamais été aussi bien servi qu'ici et, s'il n'y avait la voix d'Oberst et sa guitare, on aurait du mal à croire à la première écoute qu'on a affaire à un album de Bright Eyes. Après une plage d'intro expérimentale assez éprouvante et longue de pas moins de six minutes (
« Clairaudients »), on revient au style habituel de Conor Oberst, grand auteur de ballades bâties sur trois accords (les Beatles viennent d'ailleurs souvent à l'esprit) et on cède à nouveau au charme de ses mélodies parfois naïves et de son timbre très spécial, resté celui d'un adolescent.
On n'en est que plus marqué par sa voix quand on écoute des paroles aussi tristes que celles de
« Cleanse » ou
« I Must Belong Somewhere ». Un violon et un orgue antédiluvien sont mis en avant, ainsi qu'un orchestre, qui déploie ses fastes sur plusieurs chansons. Celles-ci ne sont pas toutes des plus inoubliables, mais en vérité, aucun album de Bright Eyes n'est dépourvu de faiblesses – et c'est ici qu'elles sont les moins criantes.
Mais Conor Oberst est encore jeune et il a tout à fait les moyens de réaliser l'album parfait que tout le monde attend de lui, une chanson comme
« Soul Singer in a Session Band » montrant au moins, avec ses accents de
« Like a Rolling Stone » de fin de décennie, que ses talents de conteur ne sont pas près de s'éteindre.
Et rien que pour écrire des merveilles comme
« Lime Tree » ou
« No One Would Riot for Less », plusieurs de ses confrères seraient prêts à n'importe quoi. On raconte partout que fin 2007, ce Cassadaga était même le disque de chevet de l'acteur Johnny Depp et, puisque « M. Paradis » ne se trompe que rarement...
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
L'enfant terrible du rock indépendant américain BRIGHT EYES a signé sur Polydor UK. Son nouvel album "Cassadaga" sortira le 9 avril 2007, avec des participations de M. Ward, Gillian Welch et Janet Weiss. Hommage à la balade culte d'Art Garfunkel, le nom du groupe Bright Eyes cache donc en réalité un seul et même homme : Conor Oberst. Ce petit génie de l'indie pratique une musique folk rock dépouillée, lo-fi et attachante qui cache de très belles chansons aux inflexions country, habillées de piano, cuivres et guitare slide. Groupe à géométrie variable, Bright Eyes change de membres en permanence, dont certains le rejoindront dans sa nouvelle aventure : la création d'un label indépendant baptisé Saddle creek puis celui de Bright Eyes. Associé au producteur Mike Mogis, Oberst entame quelques tournées sur les routes américaines, castant ses musiciens au petit bonheur la chance d'un état à l'autre. Oberst, en effet, est le seul membre permanent de la bande, les autres ne sont en quelque sorte que des contrats premières embauches !