Le « Casse-Noisette » chorégraphié par Youri Grigorovitch a été filmé une première fois à la fin des années 1970, avec le légendaire couple Vassiliev-Maximova. Cette deuxième version (1989) a l'avantage d'avoir une image de qualité très supérieure (tout en restant très moyenne : c'est la télévision soviétique des années 1980 !).
J'ai déjà dit dans mon commentaire sur la première version tout le mal que je pense de cette chorégraphie, la moins féérique, la moins poétique qui puisse être. Grigorovitch, l'homme de « Spartacus », en rejetant systématiquement la pantomime, les jolis décors (réduits une fois de plus aux hideuses toiles peintes de son complice Simon Virsaladze) ou le pittoresque, se prive de tout ce qui peut aider à faire un « Casse-Noisette » réussi. Le livret lui-même est négligé, et il n'y a aucune progression dramatique, aucune réelle intrigue.
Seule la danse semble intéresser Grigorovitch. Pourquoi pas, si le résultat était réellement séduisant, ce qui n'est pas le cas ici ? L'univers d'un conte pour enfant n'inspire manifestement pas le chorégraphe, qui ne propose rien que de très banal du début à la fin.
Natalya Arkhipova n'a pas vraiment l'âge du rôle de Clara, et Irek Mikhamedov, danseur très puissant au physique de rugbyman, n'est pas idéalement distribué en jeune prince. Évidemment, on est au Bolchoï, et on pourra quand même admirer quelques bonnes choses chez les solistes. Et le grand pas de deux final, seul à rester à peu près fidèle à la chorégraphie traditionnelle, donne à Irek Mukhamedov et Natalya Arkipova l'occasion de réaliser des prouesses techniques, d'autant que Grigorovitch utilise la force du danseur pour incorporer quelques portés très acrobatiques.
En bref, quiconque ne verrait que cette version de « Casse-Noisette » risquerait de se détourner pour toujours de ce chef-d'œuvre de musique et de danse.