« (...) le reste de mes jours va-t-il enfin commencer ? Et sera-t-il, ce reste, la suite sans cesse amenuisée de l'ancienne partie - ou un jeu plus divertissant, avec des règles inédites et des partenaires tels que je n'en avais jamais connu ?
Les sensations et les façons d'être qui m'intriguaient jusque-là comme autant de langues que je ne parlerais jamais, se rapprochaient alors de moi. Elles me paraissaient soudain intelligibles et amicales. Quelque chose d'ancien s'épuisait. Quelque chose de neuf devait advenir. Je guettais une étincelle, et l'incendie salvateur qui s'en déduirait.
C'est dans ce halo de vie promise que je m'étais engagé, voilà dix ans, en passant pour la première fois le porche de la Zahia. »
La Zahia, qui signifie « joie » en arabe, est un palais dédié aux plaisirs de la vie. Son propriétaire y accueille des résidents permanents, comme le narrateur de cette histoire, et des invités habituels ou ponctuels, dont l'un des rôles est justement d'égayer ses résidents, voire plus.
Le narrateur ne pouvait donc choisir meilleur lieu pour le changement qu'il souhaitait voir se réaliser dans sa vie. Libertin discret, sans réelles attaches ni besoins financiers, il jouit paisiblement des saveurs que lui offre la vie.
Tout au plus ce qu'il appelle le vomissement des muezzins le trouble parfois et l'éveille à quelques réflexion métaphysiques, mais ne l'empêche pas de continuer à s'enivrer des femmes notamment et de leur physique.
Jusqu'au jour où ce fameux basculement vers le début du reste de sa vie arrive en la personne d'une femme, belle à mourir, mystérieuse, et qui malgré le peu d'attraits que les attributs du narrateur devraient susciter à une personne de sa classe, s'intéresse à lui.
L'idylle qui s'en suit donne lieu à une relation sensuelle, intense et secrète, marquée par l'obligation de respecter certaines règles et d'espacer leurs rencontres.
Ecrit dans une prose relevée sans être pédante, par un écrivain amoureux de la belle langue, « Ce que nous avons eu de meilleur » est une belle invitation à l'apesanteur, sans toutefois écarter la gravité et l'imprévisibilité de ce monde actuel.