J'aime beaucoup Cecilia Bartoli : c'est une très bonne chanteuse disposant de qualités rarement conciliables en une seule et même personne. Elle sait donner un sens aux mots qu'elle chante, elle donne du relief aux personnages qu'elle incarne et éblouit par un souffle long et une virtuosité dans les trilles qu'elle seule possède à ce niveau. elle chante avec gourmandise, générosité et émeut (La Clémence de Titus, Rinaldo). Cela dit, depuis que l'heure n'est plus aux intégrales, elle souhaite nous faire entendre des récitals de compositeurs trop méconnus (Vivaldi, Glück, Salieri) La démarches est en soit louable et ces premiers récitals étaient magnifiques. Les choix de la solistes étaient judicieux et variés et nous laissaient entendre les facettes les plus différentes des compositeurs. Seulement ici, ce n'est pas un récital d'un seul compositeur mais de trois compositeurs : Caldara, Haendel et Scarlatti père. Du coup, au lieu de rentrer pleinement dans un compositeur, on n'effleure seulement que quelques facettes de chacun d'entre eux. Surtout qu'aucun air d'Haendel n'est une première mondiale, d'où l'intérêt relatif de ceux-ci, même si je résiste difficilement à la furia d'Un pensiero nemico di pace.
L'autre problème majeur est la redoutable alternance d'air rapide/air lent qui finit par lasser si bien que je déconseille l'écoute en continu du disque. Les airs virtuoses épatent mais sur certaines fins de phrases, le souffle semble court, les dernières mesures presque savonnées et les larges respirations très audibles. Et même si l'enthousiasme légendaire de Bartoli est toujours aussi flagrant, la finition n'est plus aussi impeccable. En revanche, sur les airs lents, la soliste diversifie davantage les phrases même si sa manière de susurrer peut surprendre (peu de nuances entre piano et fortissimo) si bien que le récital apparaît quelque peu caricatural. La critique est certes sévère mais la grande Cecilia nous avait habitués à mieux. Marc Minkowski est enthousiaste et attentif à sa soliste -plus qu'à son orchestre, brouillon de sonorité et pas toujours flatteur de sonorité (trompette)- et respire magnifiquement dans les airs lents avec elle. L'entente entre les deux artistes est évidente, le fini du disque l'est moins. Si bien que ce disque peut plaire les premières écoutes et décevoir les fois suivantes par excès d'intentions.