Après nous avoir offert la première grande version baroque des sonates et partitas au début des années 80, Sigiswald Kuijken ouvre encore de nouveaux horizons en enregistrant la première version des suites pour violoncelle de Bach sur violoncelle d'épaule, ouvrant ainsi ce répertoire aux violonistes et clarifiant de facon assez convaincante les doutes sur l'instrument que BACH avait en tête en composant ces suites.
Quelques éléments simplifiés pour comprendre l'utilisation du violoncelle d'épaule (da spalla)
- Le violoncelle de BACH n'est pas un violoncelle de la taille standardisée que l'on connait de nos jours (et qui certes existait à l'époque aussi) mais un violoncelle piccolo à 4 ou 5 cordes
- Tout porte à croire que Bach ne jouait pas de violoncelle "da gamba" (posé par terre entre les jambes de l'instrumentiste) mais était "seulement" violoniste et altiste en plus d'être un exceptionnel claveciniste et organiste (peut-être luthiste?)
- Il existe de nombreuses descriptions et illustrations du temps mais aussi des environs géographiques de BACH où le violoncelle était porté à l'épaule
- Selon toute vraisemblance, BACH a été le premier à jouer et à tester ses propres suites et le plus logique compte tenu de sa formation de violoniste est qu'il ait utilisé un violoncelle d'épaule très facilement jouable pour un violoniste.
C'est donc un violoncelle d'épaule que Dmitry Badiarov a donc réussi à reconstruire conformément aux descriptions de l'époque pour cette première de Sigiswald Kuijken.
Le résultat est à priori étrange au niveau du son et demande une certaine adaptation (quelqu'un disait dans un forum qu'à chaque fois qu'il entendait cette version il prenait peur et s'enfuyait...), mais quand on se fait à ce son plus harmonique et saturant mais aussi plus fuyant et à ces phrasés plus violinistiques et moins pointés, je trouve cette interprétation de Sigiswald Kuijken très convaincante.
C'est finalement un BACH de la terre, plus thuringien que jamais, à la fois dansant, un peu rustre mais très chantant que nous offre Kuijken.
Pour moi, malgré quelques moments où l'harmonie saturée frise la dissonance, c'est cette version qui reste la meilleure version des suites sur violoncelle d'épaule avec
celle de Ryo Terakado (moins rustre et plus ornementée) et
celle de Dmitry Badiarov lui même (touchante, presque romantique mais un peu sage).
Espérons que d'autres violonistes profiteront des nouveaux horizons qui leur sont maintenant ouverts.