En 2002, Misato Mochizuki a reçu le prix du public au festival Ars Musica de Bruxelles pour Chimera (2000), pièce pour ensemble d''une dizaine de minutes qu''on trouve sur ce disque précieux (excellente prestation du Kangforum Wien). J''aurais sans doute voté pour elle, moi aussi. Cette compositrice japonaise qui a étudié en France nous enchante par une musique qui se souvient de ce que les gens écoutent volontiers aujourd''hui en dehors du petit monde de la contemporaine (elle parle à propos de cette pièce de « techno acoustique », mais on pourrait penser aussi à un jazz débridé). Elle parvient à en capter l''énergie et l''urgence, sans renoncer en rien aux exigences de la musique savante la plus raffinée. Faisant volontiers référence à la biologie la plus contemporaine, Misato Mochizuki donne un nouveau sens à l''idée de développement organique d''une pièce. Plus ancien, Si bleu, si calme (1997), évoque les changements d''état de la matière, le contraste entre mutation et permanence, l''idée de base (turbulence versus immobilité) donnant naissance à 'une pièce forte et immédiatement séduisante. La chambre claire (1998), a pour point de départ la réflexion de Roland Barthes sur la photographie dans le livre du même nom. C''est encore une musique vive, mobile et colorée, qui fusionne les influences occidentale et orientale au lieu de les faire simplement dialoguer. J''espère que d'autres de ses pièces récentes (comme Homeobox, la Trilogie Etheric Blueprint, le quatuor Terres rouges, ou Insula Oya) seront prochainement enregistrées.