La production de Joan Font, avec les costumes de Joan Guillén, privilégie la couleur éclatante, à la manière des comic books américains et de la commedia dell'arte italienne. Angelina n'est pas une pauvresse, elle a de la pudeur, du chagrin - certes- d'être insultée par Don Magnifico qui la déclare morte devant le prince alors qu'elle est à ses côtés, mais aussi de l'humour et de la fantaisie. Et ses copines, les 6 souris qui l'accompagnent, ajoutent de la bonne humeur à ce conte féroce qui se termine bien et rend hommage à l'innocence et à la bonté.
Alidoro apparaît comme un mage, à la manière d'un Sarastro de la "Flûte Enchantée" avec son costume étoilé, et chaque personnage est caractérisé sans tomber dans la caricature comme c'est souvent le cas avec l'opera-buffo.
La distribution est homogène (et internationale). Juan Diego Florez, avec son physique de jeune premier et son suraigu percutant , mais aussi les trois rôles de barytons-basses et les deux péronnelles, jouent et chantent à la perfection. Reste le cas de Joyce DiDonato. Si elle possède la technique rossinienne, le timbre de sa voix n'a rien d'original et n'arrive jamais à la hauteur des Von Stade et autres Bartoli (sans parler de l'unique Berganza).
Mais l'ensemble est un plaisir pour les yeux comme pour les oreilles. A signaler qu'une nouvelle version vient tout juste de sortir aux USA, enregistrée au MET, avec l'irrésistible (et belle) Elina Garanca et le nouveau ténor prodige noir américain, Lawrence Brownlee, qui ne le cède en rien à Florez question suraigus mais le surpasse question velouté de la voix.