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5.0 étoiles sur 5
L'OEUVRE D'UN MAITRE, 2 août 2003
23h40 ... sur le boulevard presque désert, le commissaire Matteï roule à vive allure vers la gare de Marseille-Blancarde. Là, il doit prendre le Train Bleu en direction de Paris accompagné de son prisonnier, Vogel. Au même moment, à Marseille, un gardien de prison propose à Corey "une affaire" au moment de sa libération ...... Héritier des grands polars américain de l'après-guerre, "Le Cercle Rouge" est un film exceptionnel. Le scénario est solide et les acteurs superbes. On soulignera notamment un rôle secondaire mais essentiel magnifiquement interprété par Yves Montand, celui de Jansen, un ancien policier victime de "la perversité de l'ambiance dans laquelle il a vecu" et atteint de delirium tremens, sans oublier André Bourvil, étonnant de sobriété dans le rôle du commissaire. L'atmosphère est froide, humide, les dialogues brefs, épurés, les hommes solitaires, pas de doute c'est un Melville. Un film que l'on peut visionner de nombreuses fois sans jamais se lasser, à l'image d'un tableau de Maître, chaque fois c'est le même plaisir.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile :
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C'est noir, très noir..., 17 février 2011
C'est un polar noir comme on n'en fait plus en France depuis si longtemps' et qui permet de constater ce qu'était le film noir il y a déjà 40 ans. Le film est un sommet du genre, dans le plus pur style "Melvillien", les acteurs sont assez nonchalants, prennent le temps de répondre, un « non » est dit avec respect, honneur, et de manière virile. Les acteurs sont sombres, désabusés, ce qui renforce le côté sinistre et même ténébreux, de cette œuvre culte. Les scènes d'actions, rares, surgissent de manière brutale, avec un cynisme de la part de certains personnages rarement affiché à l'écran, tel le personnage d'Alain Delon, qui, à peine sorti de prison, s'aligne un gars pour se défendre certes, mais avec une désillusion déconcertante. On peut dire de Delon qu'il colle parfaitement au « genre » glacial du film de gangster à la Melville puisque ce dernier n'utilisait le film policier qu'en tant que support voire même en tant que prétexte pour mieux montrer les relations entre les hommes (très peu de femmes dans ses films), l'intériorité, la retenue, la solitude, le calme, ce que Delon exprime magnifiquement.
Jean-Pierre Grumbach, de son vrai nom (il décida de s'appeler Melville d'après Herman Melville, puisqu'il considérait l'écrivain, notamment, comme étant le plus grand de tous les temps), connu le Pigalle d'avant-guerre, avec son lot de prostituées, de maquereaux et de gangsters, et côtoya ces derniers de très près. Il a su transposer des personnages typiquement américains sur le support de la vie à Pigalle et à Montmartre. Son expérience de la seconde guerre mondiale, et la profondeur des relations entre les soldats, inhérente au conflit, qu'il admirait tant, lui permis encore de creuser ses sujets de prédilection qui allaient par la suite devenir grâce à la caméra ce que le cinéma français a offert de plus pur en matière de polar noir.
Mais la véritable découverte de ce film, la perle même, c'est Bourvil, génial en flic désabusé, « à qui on ne la fait pas », débrouillard, ayant son réseau d'indics, bon tireur, ayant les meilleurs états de service, etc. De la définition d'un excellent acteur : est excellent acteur celui qui, après avoir joué voire même s'être confirmé dans un rôle ou un registre en particulier, par exemple la comédie, s'est brusquement découvert dans un autre registre que celui qui lui était peut-être « trop affilié », un registre diamétralement opposé, en l'occurrence dans cet exemple le drame.
C'est à voir et à revoir, et malgré certains plans qui ont mal vieilli (le traditionnel plan de voiture, avec le projecteur à l'arrière, difficilement assumé, quintessence de la faiblesse technique cinématographique de l'époque, un incontournable.)
Parrain de la nouvelle vague française, Jean-Pierre Melville fut très satisfait à la sortie de ce film (1970), puisque ce fut son plus grand succès.
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RENCONTRE AU SOMMET..!!!, 8 décembre 2009
Le film débute par une citation attribuée à Krishna : "Quand les hommes, même s'ils s'ignorent, doivent se rencontrer un jour, tout peut arriver à chacun d'entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents. Au jour dit inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge."
Cette phrase citée en exergue du film, place le Cercle rouge sous le signe de la fatalité qui le situe aux frontières d'une tragédie antique dans le sens où les hommes sont confrontés à leur destin.
Si Jean Pierre MELVILLE est influencé par le réalisme poétique français et le film noir américain, l'affiliation à ces deux écoles dont on le dit "héritier" l'irrite prodigieusement...il s'affranchit de ces encombrantes muses en réalisant "LE CERCLE ROUGE"..!
Et lorsque Melville prend la direction d'un film de gangsters, il faut se garder d'une lecture au premier degré. Le film policier n'est pour lui qu'un prétexte permettant de glisser vers la tragédie...à ce sujet, il déclare dans "Le monde" en 1970 : "Aujourd'hui en France, pour dire ce que je veux dire, le véhicule le plus commode me parait être l'intrigue policière. Dans ces batailles entre gendarmes et voleurs, il est facile de faire entrer la tragédie. Et cela seul m'intéresse."
L'HISTOIRE DU FILM : Le commissaire Mattei (Bourvil), dépéché à Marseille par la brigade criminelle de Paris, doit transférer le suspect Vogel (Gian Maria Volonte) à Paris en train de nuit...Ce dernier arrive à s'échapper puis se cache dans le coffre d'une voiture garée dans une station service. C'est la voiture de Corey (Alain Delon) un truand fraichement libéré de la prison des Baumettes. Les deux hommes finissent par sympathiser et Corey propose un casse à Vogel qui lui indique un ancien flic tireur d'élite pour compléter l'équipe : un dénommé Jansen (Yves Montand) devenu alcoolique. les trois hommes s'apprètent désormais à cambrioler une bijouterie hautement sécurisée de la place Vendôme à Paris ... Afin de mener à bien son enquête, Mattei a recours aux services de Santi (François Perier) tenancier de cabaret...pour les trois malfrats, les difficultés à trouver un receleur fiable leur sera fatale...
Contrairement à son habitude d'adapter des romans, Jean Pierre Melville écrit lui même le scénario du "Cercle rouge", envisageant même un temps d'en faire un roman. Il projette initialement une toute autre distribution : Lino Ventura dans le rôle de Mattei, Paul Meurisse dans celui de Jansen, et Jean Paul Belmondo pour incarner Vogel. Finalement, ce sont les tout aussi prestigieux Bourvil, Montand et Gian Maria Volonte qu'il engage.
J.P.Melville introduit tous les codes du film noir : solitude, amitié viril, trahison et vengeance. Mais surtout ce qui le passionne plus encore et qui semble pourtant contradictoire : La passion et l'acte gratuit, celui que fait Montand dans le film...construisant un univers où la frontière entre le bien et le mal est ténue : les flics utilisent des méthodes de truands comme Mattei qui force Santi à parler en exercant un chantage à son fils. A l'inverse, les gangsters peuvent être fidèles et loyaux comme Vogel qui tente de sauver Corey ou Jansen qui couvre ses deux complices...
De son propre aveu, ce film fut pour Melville le plus difficile de sa carrière...deux séquences s'avèrent particulièrement délicates à tourner. Celle du casse : long ballet élégant, fluide, entièrement silencieux et celle du delirium tremens de Jansen : tournée en partie avec de vrais reptiles...
Pour revenir sur l'influence américaine, Melville déclare : "Un jour, on m'a mis une étiquette dans le dos : "cinéaste américain". Or, plus je vieillis, plus je me sens proche de Kurosawa ou Mizoguchi.Je le sais si bien qu'un jour, j'ai réalisé un film intitulé "Le samourai".(lettres françaises 1970)
Atteint de la maladie de Kahler qui s'est attaquée à sa moelle osseuse, Bourvil vient difficilement à bout du Cercle rouge...son dernier tournage. Le générique du film rendra son prénom à Bourvil dont le pseudonyme sera précédé d'André pour la première fois de sa carrière.
Servi par un réalisateur en état de grâce, LE CERCLE ROUGE a donné ses lettres de noblesse au film de gangsters français
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