"Ha ben oui. Brel, quoi. Enorme, légendaire. Et cet album de 1965 - wow! - quel pied!" C'est en ces termes un poil "rustres" que j'aurais pu évoquer l'incroyable accomplissement qu'est "Ces Gens-Là".
Petite précision, en ces années soixante où le marketing industriel n'a pas encore fait les ravages qu'on connait sur l'industrie discographique, les albums de Brel ne sont pas titrés. Le premier à l'être fut 67, l'album de 1967 justement. Usuellement, on leur donne le titre de leur première chanson... Et quelle première chanson, mes aïeux ! Rien de moins que Brel au sommet de sa théâtralité (ce qui n'est pas peu dire). Car, enfin, on ne le dira jamais assez, en plus d'être un vocaliste hors pair et un auteur/compositeur de génie, Brel était aussi - composante essentielle de son approche de la chanson - l'immense acteur incarnant la verve incomparable de sa plume. Et quand le texte a la force de "Ces Gens-Là" et que les arrangements dramatiques de cordes en soulignent aussi bien l'ambiance, on obtient simplement un monument absolu de l'Histoire de la Musique, rien de moins.
Comme, en plus, ce qui suit ("Jef" et "La Chanson de Jacky") est du même tonneau de divin nectar auditif et d'intelligence textuelle, on ne peut que s'esbaudir devant tant de talent... Que dis-je ? De génie ! Forcément, avec une pareille triplette d'ouverture, on se dit que le niveau va faiblir et que l'anecdotique ne devrait plus tarder à pointer le bout de son vilain nez et... On se trompe allègrement.
"Les Berges", "Le Tango Funèbre", "Fernand", "Mathilde" (et je vais m'arrêter là dans l'énumération de la tracklist) sont toutes de grandes chansons. On y retrouve Brel tour à tour poignant, malicieux, faussement niais, désespéré et même drôle... Car il avait de l'humour en plus, le bougre !
Bref, étant entendu que la perfection n'est pas de ce monde et que "Ces Gens-Là" ne peut donc nullement prétendre l'atteindre, il est à noter qu'il fait tout de même fait partie de caste des rares aeuvres qui tutoient de si près le divin qu'on peine à trouver quelque faille que ce soit.
Brel sortira d'autres albums de grande qualité, il en avait d'ailleurs déjà quelques-uns à son actif, mais plus jamais au niveau où on le trouve ici : un Géant parmi les nains.