La saga de "Ces messieurs de Saint-Malo" (cet ouvrage et les deux tomes suivants) de Bernard Simiot a eu un énorme succès de librairie dans les années nonante. A juste titre. Ces romans historiques qui nous font vivre l'aventure des corsaires-armateurs malouins au temps de Louis XIV, puis l'enrichissement par le commerce maritime des très entreprenants négociants malouins, nantais ou lorientais qui leur ont succédé, sont des lectures de vacances plaisantes, faciles et palpitantes.
Faciles? Faciles à lire, sûrement, faciles à écrire pas tellement. Bernard Simiot, à l'évidence, a travaillé son sujet très en profondeur, réuni une abondante documentation, vérifié ses sources. Au demeurant, il n'était pas un inconnu car des ouvrages précédents lui avaient tout de même valu un prix de l'Académie Française (Suez, cinquante siècles d'histoire) et un prix Goncourt du récit historique (Moi, Zénobie reine de Palmyre), ce qui n'est pas rien. "Ces Messieurs de Saint-Malo" a été couronné à son tour par l'Académie Française.
Certains haussent les épaules à propos de ces "lectures faciles"; ils ont tort, nous n'avons pas ici affaire à de la simple littérature de quai de gare en dépit de la présentation sous couverture illustrée, et l'Académie ne s'y est pas trompée. D'ailleurs, Druon avec "Les rois maudits" ou Max Gallo avec "La baie des anges" (il a écrit des choses bien moins bonnes que cela!), et bien d'autres auteurs de valeur n'ont pas hésité à se risquer dans un genre qui séduit le grand public et pas seulement (mais pourquoi pas eux aussi, ils ont le droit de se divertir) les intellos...