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Cesaria est la meilleure des entrées en matière pour découvrir tout ce qui fait l'art de cette grande dame. Surnommée "la diva aux pieds nus", Cesaria Evora est un phénomène et sa découverte tardive, alors qu'elle avait 50 ans passés, un vrai conte de fées. Si elle est aujourd'hui la première femme africaine à vendre autant de disques à travers le monde, il ne faut toutefois pas oublier ses origines modestes : elle est originaire du cap Vert, cette île au large du Sénégal colonisé par les Portugais et qu'elle aime plus que tout. Désormais, le temps où elle chantait dans les bars de Mindelo pour de dérisoires cachets est loin et les tournées triomphales s'enchaînent qui l'amènent du Japon aux Etats-Unis. Sur
Cesaria qui la révéla, les rythmes enjoués servent au mieux le blues teinté de
saudade chaloupée, typique de son chapelet d'îles tropicales. Son style, sobre et d'une rare élégance, n'oublie pas le commentaire social.
--Philippe Robert
Critique
Le changement de label ne fait rien à l’affaire et le titre de cet album l’atteste de manière limpide : Cesária Évora, son chant, sa personnalité et sa dimension désormais internationale restent au centre de cette production. Car, si la surprise s’est désormais diluée dans la multitude d’articles de presse consacrés à la diva du Cap-Vert, en 1994 la chanteuse s’est définitivement imposée comme une artiste altermondialiste de première envergure.
La personnalité, car le monde entier a instantanément raffolé de ce parcours hors norme, construit autour d’images d’Epinal (les bouteilles de Cognac sur scène, les pieds nus et ce succès inespéré à plus de cinquante ans). Le chant, enfin et surtout, car une longue pratique dans des circonstances difficiles, voire ingrates (attraction pour touristes) a fait de Cesária une impeccable chanteuse, beaucoup plus technique, et versatile, qu’on ne pourrait le penser de prime abord.
Les douze chansons de
Cesária la retrouvent donc brillamment entourée de la brigade habituelle de guitares acoustiques et petites percussions, ici agrémentés par des violons et accordéon, comme des écrins magiques à une voix qui ne l’est pas moins. Le fidèle arrangeur Paulino Vieira a, à l’accoutumée, assuré la post-production dans un studio parisien, et on retrouve au menu quelques petites merveilles habituelles. Dans une cohorte de huit compositeurs différents, Nando da Cruz offre un
« Petit pays » qui deviendra sur scène un morceau de bravoure et dont le titre garantira à Évora un nouveau triomphe en France. Mais, encore une fois, c’est le chant qui reste le pôle d’attraction majeur de l’album : une voix, toute en modulations ondoyantes, et semblant creuser une nouvelle tradition, entre le blues du sud des Etats-Unis, une mixité bigarrée à la méditerranéenne, la mélancolie teintée de nostalgie comme on peut l’appréhender du côté de Lisbonne et la langueur sensuelle de la musique cubaine. Un vrai régal, et un disque qui, pour la première fois, est mis à la disposition du public américain.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story