C'est un petit film en définitive et pourtant sur un sujet grave comme la vie éternelle. Bohringer raconte sa génération, quelque part ma génération. Jeune on a brûlé les planches en entrées et en sorties, les chandelles par les deux bouts, couru après tous les lièvres à la fois, tiré le diable par toutes les queues de ses mâtines ou de ses vêpres. Jusqu'au jour où on est surpris par le temps venu de ralentir, de sortir même et on ne veut pas, on ne peut pas. On s'accroche et on trouve autour de soi quelques romantiques plus jeunes, quelques enfants ou faisant effet d'enfants, qui, pour le plaisir d'une nostalgie d'un temps passé que l'on se représente peut être tant bien que mal comme pas si mal, nous poussent à faire un dernier effort, un dernier tour de piste ou deux et on sent alors vraiment tout ce qu'on n'a pas fait, tout ce qu'on n'a pas vu, tout ce qu'on a manqué, tout ce qu'on n'a pas su. Et on devient triste, mais on fait fière figure. Alors on fait le philosophe qui croit que le papillon peut encre surgir de la vieille carcasse que nous sommes devenus. Le film est alors triste, très triste, et la ville que l'on doit trouver belle la nuit n'est qu'une vague métaphore pour la nuit de la vie qu'un matin viendra toujours dissiper et il ne restera plus que la nuit partie, envolée, en un mot morte. Ce film est une lamentation presque joyeuse sur la mort, en tout cas une tentative de nous faire croire qu'il ne faut pas avoir peur de la mort, même quand on peut mesurer combien la vie est partie en fumée et n'a rien laissé, sinon un peu de nostalgie de l'Afrique que l'on ira visiter une dernière fois en touriste. Et les marionnettes feront trois petits tours et s'en iront. Effrayant ce que la vie devient terne quand la mort lui donne sa couleur de crépuscule.
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Université Paris 8 Saint Denis, Université Paris 12 Créteil, CEGID Boulogne Billancourt