La décennie 80 allait être fatale à la "nouvelle science-fiction française", mouvement littéraire né dans les années 70, très engagé à gauche, et qui croyait que la science fiction avait le devoir de "changer la vie" et créer une société nouvelle, à une période où la France semblait s'enfoncer dans une sclérose sans fin. Le mouvement s'est pourtant éteint, à mon avis pour deux raisons: d'une part parce qu'avec l'arrivée des socialistes au pouvoir en 1981, le mouvement est devenu obsolète: on pouvait réellement changer la vie dans la réalité de tous les jours, donc écrire sur la question sur un mode futuriste n'avait plus de sens; d'autre part parce que la NSFF se sectarisait, devenait plus dogmatique, et n'avait plus de science-fiction que le nom. Il est toujours pénible de voir le genre du space opera se faire traiter de "réactionnaire", de subir le descriptif sans fin d'une grève dans une usine du futur, de tenir l'Amérique comme responsable de tous nos maux, et de considérer l'autogestion comme le stade ultime du bonheur sociétal etc etc...Donc pas étonnant que le genre ait disparu mais comme dans d'autres anthologies que j'ai eu l'occasion de critiquer, il y a ici quelques merveilles dans ce recueil de nouvelles: un space opera social de Pierre Larose, un peu lourd idéologiquement, mais qui sait demeurer dans les figures imposées du genre; un récit caustique de Muriel Favarel sur notre dépendance à la technologie (près de 30 ans avant Wall-E); l'euthanasie et la représentation de la mort par Jean-Pierre Hubert, sans oublier les nouvelles pleines d'humour de Maxime Benoît-Jeannin, Francis Jacomin et René Durand. Comme trop souvent Bernard Blanc (l'éditeur du recueil) est trop lourd et sans nuance, et Michel Jeury sans beaucoup de ressort dramatique. Le père de Valerian, Pierre Christin, est en pilotage automatique: il ne publierait pratiquement plus de nouvelles après ce fort moyen "Loto-Gestion". Sa contribution à "C'est la lune finale" serait, pour lui aussi, un adieu à la nouvelle science-fiction française.