Présentation de l'éditeur
Jean Daniel a, souvent, raconté sa vie, son expérience de journaliste, son aventure personnelle si étroitement mêlée à celle du dernier demi-siècle. S'il éprouve cependant le besoin de revenir, par le biais d'une « contre expertise » sur certaines figures ou certains épisodes de sa vie, c'est avec le souci de la retouche, de la précision, voire du repentir. Jamais, il n'osa être - privilège de l'âge... - si libre, si serein, si cruel, dans ses jugements. D'où la saveur de cet ouvrage composé de treize chapitres dont nous reproduisons, ici, quelques extraits qui en résument l'esprit.... A propos de Jean-Jacques Servan-Schreiber « J'ai aujourd'hui pour lui tendresse et gratitude. Je trouve bouleversant que son fulgurant destin ait été précocement pétrifié par la maladie et que celui qui n'acceptait pas que Françoise Giroud ait pu rater son suicide, ait été contraint de se survivre ». A propos de Françoise Giroud « Son sourire m'a frappé et je ne m'expliquais pas, chose rarissime, qu'il ne traduise ni joie, ni bienveillance. Je me suis dit que je pourrais tout faire avec elle, sauf d'aller me baigner, rêver, danser et parler de n'importe quoi. Sauf en fait, malgré sa beauté, faire l'amour. A propos de Clavel « Quand Clavel se levait au beau milieu d'une conférence en disant : « Excusez-moi, je vais à la messe », personne n'aurait eu l'idée de se moquer ». A propos de Sartre et Camus « Si Camus n'était pas mort ? Pour le premier numéro de l'Observateur, j'aurais fait appel à lui et non à Sartre. Et je me serais employé à les réconcilier. En vain, à cause de leurs entourages. Deux chevaliers se traitent toujours avec respect mais les entourages déchaînés, le couteau entre les dents, s'opposent toujours à la paix. Là, je refais l'histoire, entreprise risquée et incertaine... » L'expérience du pouvoir... « A l'époque, sans en avoir conscience, j'affiche pourtant un tempérament monarchiste : je ne crois pas au bienfait des décisions collectives. » « Je m'accuse d'avoir caché des vérités qui perturbaient la cause que je servais. Dissimuler une vérité pour épargner la vie d'une personne est une preuve de responsabilité et de compassion, la dissimuler pour sauvegarder un événement, pour ne pas nuire à l'idéal que l'on défend est une duplicité. » « Pour nous tous la tentation du pouvoir politique a existé. Je l'ai éprouvée. Françoise Giroud l'a concrétisée et je l'ai comprise. » « J'aurais abandonné mon métier de journaliste pour le ministère des Affaires étrangères. Pour ce poste, j'aurais tout quitté. Mais il n'a jamais été question de me le proposer. » « Abandonner son rôle à un autre, même si vous choisissez votre successeur, même si vous l'estimez, marque la fin de votre empreinte et provoque en vous une sensation de dépossession. Un successeur paraît toujours ingrat et infidèle. » « Claude Perdriel aime tout partager, vraiment tout et il ne cesse de le prouver. Sauf le pouvoir. Pour le conserver, il pourrait se ruiner, détruire une amitié et pourtant il est d'un sentimentalisme débordant. Cette attitude a malmené souvent notre amitié. Nous avons eu de très violents conflits. » A propos de « l'édito » « A relire mes éditos, je me trouvent souvent gris et péremptoire. » « Le débat entre l'universalité des valeurs et le respect des différences m'obsède. Je l'exprime, conscient d'être jugé réactionnaire, digne d'un homme de droite, ce qui signifie indigne d'un homme de gauche. J'assume l'isolement, la fracture avec certains de mes amis politiques. Mon désenchantement est tout sauf un détachement. » « Le jeu vaut-il de perdre un ami pour une conviction politique, pour un engagement ? Cette question m'a toujours tourmenté. Je l'ai rarement tranchée sauf devant l'évidence absolue. » L'homme de gauche « Quand on regarde ce que les colonisés font aujourd'hui de leurs pays reconquis, l'état de victimisation dans lequel ils vont se complaire comme alibi à leur incompétence et à leur paresse. Quand on découvre que le totalitarisme a triomphé...
