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Le conteur envoûtant de L'Enfant de sable et de L'Auberge des pauvres connaît le pouvoir subversif des mots. Dans Cette aveuglante absence de lumière, abandonnant tout artifice littéraire, il trouve des mots simples et d'une effrayante justesse pour dire la barbarie et le délabrement, et offrir à nouveau la parole à ces prisonniers acculés au silence. Avec une implacable sobriété, il décrit l'enfermement cauchemardesque, la volonté de résister à l'horreur et la renaissance du narrateur par la spiritualité. Après Gilles Perrault et Malika Oufkir, Tahar Ben Jelloun choisit donc la voie de la fiction pour dresser à son tour un réquisitoire sans concession contre les ignominies du régime d'Hassan II. Dire l'indicible pour tenter de comprendre enfin et laisser place à l'espoir, tel est le pari réussi de ce roman poignant. --Laurence Demurger --Ce texte fait référence à l'édition Broché .
L'histoire est inqualifiable. En juillet 1971, une tentative d'assassinat contre le roi Hassan II échoue. Les organisateurs du coup de force sont éliminés, les exécutants jugés et emprisonnés. Deux ans après, ils sont transférés et disparaissent pendant dix-huit ans. Au début des années 80, des informations commencent à filtrer, les cinquante-huit prisonniers tentent d'échapper à la mort et à la folie dans des cellules obscures, sans lit et sans soins.
Les survivants sont finalement libérés, en octobre 1991, sous la pression de la communauté internationale. Répartis en deux unités, vingt-deux hommes, sur vingt-neuf, sortirent du bâtiment A. Seuls trois détenus du bâtiment B ont résisté aux scorpions, au froid, à l'immobilité, à la folie, au tombeau. Aziz Binebine est l'un d'entre eux.
Tahar Ben Jelloun crée histoire et personnages grâce au témoignage d'Aziz, en y mêlant des éléments de fiction. Il ne reproduit pas les paroles d'un autre mais s'approprie l'histoire et livre sa création. Pour conférer plus de force à son roman, il utilise le " je " du narrateur omniscient. Un " je " en mouvance, confronté aux images insupportables de son passé et à l'amertume de la haine. A Tazmamart, les souvenirs et la colère tuent.
" Cette aveuglante absence de lumière " fait déjà l'objet de polémique. Ahmed Marzouki, l'un des survivants, se demande pourquoi Tahar Ben Jelloun n'a pas parlé plus tôt, pour sauver les prisonniers. D'aucuns disent que la souffrance d'un homme ne peut être exploitée par un autre. L'écrivain se défend d'une telle intention, et partagera ses recettes du livre avec Aziz Binebine. D'ici là, les lecteurs jugeront la qualité de l'ouvrage. Ils sont les seuls capables de mettre un écrivain à l'ombre ou de l'aveugler par la lumière des projecteurs. -- Hélène Regnard -- --Ce texte fait référence à l'édition Broché .
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
la dure condition humaine,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cette aveuglante absence de lumière (Poche)
Fort, poignant. Incroyable témoignage (même si romancé). On ressort de cette lecture en ne sachant si l'on doit être honteux ou fier d'être un homme. Honteux d'appartenir à un genre humain capable de mettre tant d'énergie à faire souffrir son prochain par vengeance. Mais fier d'être de cette race dont l'esprit peut être plus fort que tout. On ressort choqué, indécis. On balance entre optimisme et pessimisme.Il faut croire en soi, mais faut-il croire en l'homme ? Merci monsieur BEN JELLOUN de ce récit boulversant.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Pour ne jamais oublier notre sale histoire,
Par Mustapha (Maroc) - Voir tous mes commentaires
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Quant à moi, j'ai aimé mon payé non parce que j'ai senti dans un moment donné que je vive ma citoyenneté, mais parce que tout le monde au Maroc - qu'est mon payé -rêve d'être libre d'une mémoire lourde mais aussi difficile à "avaler". Je pense que Votre livre cherche à donner raison à ce genre de pensé... C'est pourquoi je l'ai lu attentivement sans oublier que c'était pas aussi "amical" de votre part d'écrire aujourd'hui de TAZMAMART... J'espère de mon c½ur que l'écrivant des salons n'existera pas d'orée avant... Vous savez pourquoi? parce que notre payé a besoin de ses plumes... Allez, donc, vite chercher pourquoi notre mémoire, notre culture et nos rêves ont été violé par des Hommes de nuit.
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6 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Homage à la justesse,
Par Aamillia (Paris) - Voir tous mes commentaires
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Avec ce roman, et malgré les controverses éthiques qui en ont suivi la publication, Tahar Ben Jelloun signe un chef-d'oeuvre de justesse. Justesse et pertinence de la narration, justesse étonnante des sentiments... L'auteur sait adopter le ton descriptif et détaché de celui qui cherche à dépasser le traumatisme et rend incroyables de vraisemblance les réactions d'un détenu au calme si déplacé qu'elles en seraient, autrement, incongrues. Une oeuvre à la prose digne de son auteur, qui atteint moins le coeur que l'esprit puisqu'elle évite le pathos ; à lire, donc : mais que le lecteur sache qu'il n'en sortira pas indemne.
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