Je ne crois pas qu'un film soit à placer dans une catégorie inférieure quand il est comique. Il est même fort possible que le rebondissement et la vivacité dont la comédie ont besoin exigent un scénariste et un réalisateur de première force. Doit-on placer Chérie, je me sens rajeunir au même niveau que le génial Arsenic et Vieilles Dentelles, où officiait déjà Cary Grant ? Tout de même pas, mais la comparaison n'est pas si écrasante que ça. Pour les scénaristes, ici ils sont trois, ce qui en principe n'augurerait rien de bon; mais cependant, ils ont su travailler comme s'il n'y en avait qu'un, pour installer une machine où tout rebondit de façon logiquement épatante. Quant au metteur en scène Howard Hawks, il a soutenu un rythme rapide, mais sans ellipses, où tout "vient" de façon évidente et réjouissante. La restauration du film dont parle le bonus, qui donne à l'Anglais Cary Grant (certes maquillé...) le teint d'un homme né sous le 30e parallèle et qui fonce toute l'image, aurait pu être faite avec un peu plus de doigté.
J'ai regardé le film en anglais avec sous-titres anglais puis en français, toujours avec sous-titres anglais, afin de comprendre les détails qui m'avaient échappé. Je trouve en effet que l'anglais est une langue qui gagne à être doublée afin d'être plus facilement compréhensible. J'aurais bien voulu avoir le son en anglais avec les sous-titres en français, mais sur le DVD que j'ai consulté (avec Marylin en buste), ce n'était pas disponible malgré ce que le verso du boîtier annonçait. Je n'ai pas utilisé la possibilité du son en castillan avec des sous-titres danois, mais je le ferai la prochaine fois, le film supportant d'être vu assez souvent. J'ai apprécié que les doubleurs, sous prétexte de n'avoir pas un quart de seconde de retard avec les fermetures et ouvertures de bouche des acteurs, n'adoptent pas encore cette atroce manière d'articuler le français qui nous fait savoir tout de suite que c'est une série (surtout) ou un film américain même sans regarder l'image et qui n'est ni du français ni de l'anglais, ni même du français avec l'accent américain. A l'époque (le film date de 1952), le texte américain était adapté de façon à devenir plus digeste : Barnaby devient Barnabé, le bébé est Jean ou de façon hypocoristique Jeannot.... On aurait dû continuer, on aurait ainsi évité aux professeurs et aux surveillants faisant l'appel le supplice d'avoir à prononcer des kyrielles de prénoms aussi improbables qu'imprononçables. Le titre français est pour une fois très adéquat malgré sa distance avec celui d'origine, Monkey Business, dont le jeu de mots était intraduisible (monkey business signifie combines, mais fait aussi référence au rôle central d'un singe dans l'intrigue).
Presque en même temps que défile la distribution, on voit Cary Grant ouvrir d'un air absorbé en lui-même une porte de maison, comme pour sortir, puis la fermer tout en restant à l'intérieur. La scène est répétée deux fois, cependant qu'au début du film, sous forme de gag, il fait également deux fois le même acte manqué. On pense tout de suite à Sacha Guitry présentant en image ses acteurs avant que le film ne commence. Dans le générique en anglais, pendant qu'il ouvre la porte, une voix (qu'on suppose être celle du réalisateur) le prévient " Not yet, Cary" ce qui justifie qu'il rentre. Mais dans la version doublée, on entend : "Pas encore, Gary". Et je me souviens qu'autrefois, presque tout le monde en France prononçait "Gary Grant". Mais enfin, c'est l'occasion de dire qu'on n'est pas comme dans tant de films américains des trente dernières années, où il ne se passe strictement rien pendant les 30 ou 40 premières minutes.
Je ne veux pas dire que le formatage n'existait pas : on sait très vite qu'on est à Hollywood. Le code Hays n'a pas empêché un érotisme torride, comme quand Marylin montre sa cuisse pour indiquer au docteur Fulton, le chimiste, que les bas en acétate, dont lui-même a inventé la matière, sont très pratiques. Il n'interdit pas non plus l'expression du désir : Marylin sort de la pièce en ondulant son magnifique fessier et on devine ensuite dans quelle direction le patron, joué par le vieux Charles Coburn, a fixé son regard.
N'attendez néanmoins pas de voir la belle très souvent : elle n'est que la quatrième dans l'ordre de la distribution. C'est la secrétaire du patron, qui d'ailleurs n'a pas forcément les compétences attendues dans son métier puisqu'elle ne sait pas taper à la machine. Elle explique à Cary Grant, surpris de la voir en avance à son bureau, que son patron s'est plaint de sa ponctuation... Néanmoins, on devine que d'autres mérites ont dû justifier le choix de Charles Coburn de l'embaucher et on admet fort bien que celui-ci soit pressé que le mélange chimique qui fait rajeunir soit mis au point par le docteur Fulton. Mais enfin, Marylin est convaincante dans son rôle de pin-up spontanée et sympathique. Cary Grant, ses jeux de physionomie impayables, mais aussi sa capacité à assumer les situations les plus diverses et à se lancer dans des exercices endiablés, est bien entendu la vedette. La femelle de chimpanzé aurait bien mérité un Oscar (Best Actress in a Supporting Role). Charles Coburn et Ginger Rogers, qui joue la femme du chimiste, sont excellents aussi. La dernière passe de façon délicieuse de son rôle de maîtresse de maison très raisonnable à celui de gamine espiègle... car oui, la formule a bien été inventée !