Le parcours étiquette le jeune prodige, et l’illustration de pochette définit le goût des racines et des références (de Neil Young à Hank Williams).
Á vingt-cinq ans, l’ex Radish (deux albums auxquels on a fait trop ouvertement porter la douloureuse succession de Nirvana), et bon fils texan de famille musicale (il est allé jusqu’à susciter une chorégraphie de sa grand-mère pour un récent clip) enregistre donc son quatrième album à Austin (dans un studio entièrement analogique), et le produit seul, ce qui traduit le caractère personnel – voire, intime – des sessions. Il y est entouré du bassiste Chris Morrissey et du batteur Mark Stepro (en fait son habituelle section rythmique), et sa voix d’enfant timide est enluminée par les steel guitar et dobro de Kitt Kitterman.
L’album sort avec près de six mois de retard sur l’échéancier prévu, et on peut penser que le délai s’explique par une attention toute particulière apportée par le chanteur à un projet éminemment près de l’os. Le caractère mélancolique des chansons s’impose dès l’ouverture («
Gypsy Rose »), évocation morose d’un oublié de la vie, qui ne parle qu’à une prostituée, et ne connaît un semblant de bonheur que dans des élans tarifés. Dans «
Ballad Of Wendy Backer », chanson de jeunesse, Kweller se souvient d’une amie de collège décédée dans un accident de la route, puis il s’intéresse sur un mode bien plus revendicatif, et à deux reprises («
Sawdust Man » et «
Fight » - l’un des sommets de l’album – au refrain mobilisateur) à la geste de ces chauffeurs routiers qui traversent les États-Unis de part en part, frustration et colère froide au ventre.
Cette belle collection de dix standards instantanés s’achève par «
Homeward Bound », poignant cantique au junkie inconnu, composé il y quarante ans par les parents du chanteur Willy Mason (grand ami de Kweller).
Changing Horses offre dans une nette dominante country une ballade sereine et harmonieuse dans l’Ouest, le vrai (et à pas mesurés, ce qui permet d’apprécier les détails), mais sa richesse est bien supérieure à un quelconque périple dépaysant : par ce qu’il recèle de vie, de fureur, d’énergie et de sensibilité, ce disque s’impose comme l’une des plus brillantes réussites du genre.
Pour tous ceux qui conservent foi en l’âme humaine, un incontournable album de chevet.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story