Si vous avez déjà vu de vos yeux Soeur Marie Keyrouz, ce commentaire ne vous est pas utile car vous avez déja ce cd, qui est son meilleur. La première fois que je l'ai vue 'sur scène', c'était dans une abbaye des Deux-Sèvres vers 1998, le public était clairsemé, c'était l'été et la lumière tardive du soir de juin donnait à la fraîcheur de l'église une ambiance troublante. Accompagnée sobrement de quatre choristes, Soeur Marie chantait à capella avec une souplesse et une puissance qui nous pétrifia. Personne n'osait applaudir au début devant une telle grace, mais elle a mis tout le monde à l'aise avec quelques mots et je suis persuadé que la centaine d'heureux qui avaient fait le déplacement n'oublieront jamais cette soirée de paix. A la fin du 'concert', elle est restée là, personne n'est parti, elle échangeait quelques mots avec qui voulait, écoutant beaucoup, souriant toujours avec ses grands yeux passionnés, c'était en fait un peu déstabilisant... Ce cd est celui que je préfère, il illustre la pureté du chant à cappella, débarassé des orchestrations poussives ou ennivrantes dont la musique sacrée ou orientale s'orne trop souvent. C'est la beauté immense, l'impact immédiat d'une femme qui de toute évidence plane au dessus de beaucoup de nos contingences dérisoires. Elle chante en Syriaque, en Arabe, je ne parle pas ces langues et je ne connais rien à la liturgie maronite, mais j'avoue qu'on ne peut qu'être troublé par l'écoute. La lecture de son livre 'je chante Dieu' montre une modestie - et une intelligence - qui donnent pour le moins à réfléchir. Inutile de préciser que l'écoute de ce CD en ces moments de désolation et de haine trouve une résonnance pour le moins particulière...
Sublime.