Je ne suis pas gaulliste, encore que d'accord avec bien des aspects de la politique suivie par le Général. Souvent agacé, parfois séduit, jt suis presque toujours admiratif devant sa rigueur politique, son caractère vraiment singulier, son jugement sur les hommes. Mais l'aspect le plus fascinant de ces Mémoires, c'est la langue. Latiniste de formation, je ne puis qu'être troublé, après d'autres, par le fait que chaque phrase semble avoir été d'abord pensée en latin avant d'être traduite en français. Familiarité avec Tacite, Tite-Live et César? Trace de l'éducation atypique et remarquable qu'il reçut dans le milieu familial? Méthode pour introduire une distance entre lui et ses émotions, lui et son lecteur, et renforcer ainsi le poids des mots qu'il emploie, en leur donnant à la fois de la solennité et le léger décalage qui signale le "chef"? Tout cela est sans doute vrai, et n'entre pas pour rien dans l'atmosphère unique de ces écrits, dont quelques sots ont dit qu'ils n'avaient pas les qualités littéraires suffisantes pour trouver place dans la Pléiade. On attend encore de voir leurs oeuvres, à ceux-là...