l'Ensemble Pierre Robert approfondit de disques en disques sa révélation des trésors du répertoire de musique sacrée des XVII et XVIIIèmes siècles, avec une prédilection pour le motet français.
Cet ensemble est une véritable réussite et possède une couleur et une homogénéïté spécifiques grâce à un travail qui réunit le plus souvent autour de l'orgue les mêmes chanteurs et instrumentistes.
Ainsi ils nous ont donné des enregistrements sublimes de compositeurs un peu oubliés comme Nicolas Bernier, Sébastien de Brossard, Nicolas Clérambault, Daniel Daniélis ou encore Henry du Mont et Pierre Robert.
Avec ce disque Charpentier, ils nous replongent dans cette ferveur religieuse du siècle des saints que fut le XVII eme siècle français, et en particulier dans la contemplative et émouvante prose du concurrent malheureux de Lully, génial artisan de la synthèse entre la musique française la musique italienne qu'il apprit à Rome avec son maître Giacomo Carissimi.
Les motets présents sur ce disque sont très intimistes, et écrits pour un petit ensemble, loin des Te Deum de la chapelle royale. Composés pour le grand Dauphin, fils aîné de Louis XIV qui ne régna jamais car il précéda de 4 ans son père dans la tombe, ces motets brillent par l'absence de vanité vocale et par une alternance de retenue et de ferveur, au gré du texte, de la contrition à la gratitude, de la lenteur à la vitalité. Aucune faiblesse ici, tant des solistes que des instrumentistes, parfaitement équilibrés, qui sont habités par une même éloquente douceur.
On retrouve directement l'Italie dans le petit motet pour basse seule "O salutaris hostia" déclamé avec splendeur et théâtralité par Edwon Crossley-Mercer, d'une voix riche aux inflexions nuancées, dénotant une maîtrise implacable des mélismes et ornements. Ironie artistique, ce motet ressemble comme deux gouttes d'eau aux petits motets de Lully, le surintendant tout puissant, qui pour l'occasion revenait à une italianité qu'il aimait à bânnir de ses tragédies lyriques.
l'on retrouve cette même italiannité dans l'oeuvre la plus sublime de l'enregistrement, le "Supplicatio pro defunctis ad Virginem". L'intensité de l'expressivité de cette pièce est merveilleusement rendue aussi bien par les instrumentistes, flûtes et basse de flûte que par les voix.
Ce disque est une merveille de recueillement, une plongée au coeur de la spiritualité grand siècle débarrassée de ses façades théâtrales et dorées.
La prise de son est chaleureuse, douce, le théorbe accompagne au goutte à goutte les voix des solistes dans leur déclamation recueillie.
Chapeau bas !