Tiré d'une nouvelle de Tagore (The broken nest), Charulata (1964) est l'un des films les plus admirables que je connaisse. Osons les grands mots : la vision de Charulata honore le cinéma en tant qu'art et fait du spectateur un homme meilleur.
L'histoire est simple : Charu, bengalie éduquée, s'ennuie dans son palais de Calcutta où ne met que rarement les pieds son mari, qui se consacre entièrement à la rédaction d'un journal d'opposition. Conscient du syndrome dépressif de sa femme, il fait venir son propre frère, dont il suspecte que l'amour des lettres qui l'anime pourrait en faire un "monsieur de compagnie" idéal pour sa femme. Mais l'épouse et le beau-frère développent un tendre attachement - et Madame s'avère posséder un réel talent d'écrivain.
Il s'agit d'un film de chambre : on ne quitte jamais le palais (dont Charu observe les alentours à la jumelle). Et pourtant, toute l'expérience humaine est dans ces quatre murs admirablement arpentés par une caméra très inventive : le couple, le désir artistique, la mémoire. A la hauteur des meilleurs Antonioni ou Bergman de la même époque. Ne le manquez pas.