CHRONIQUE DE PHILIPPE MANOEUVRE MAGAZINE ROCK&FOLK MAI 1977 N°124 Page 125/126
1° Album 1977 33T Réf : Epic 81917
Deux faces un, ou plutôt une face 1 et une face A, tout le monde ne parle plus que de çà. Ce disque n'a donc pas de face B, ni de face 2, et c'est-ce qu'on pourrait appeler un « cheap trick », un gag bon marché. Un bon tour. Oh, hé, il y en a beaucoup d'autres, comme çà ? En fait, il y en a au moins quatre : d'abord, Robin Zander, chant et guitares, ensuite Rick Nielsen et ses trente huit guitares, et puis Tom Peterson, le basseux, et puis l'incroyable Buenito E. Carlos, dit « Pare-Choc », dit « Cambouis », dit batteur. D'ordinaire, le métal rock ne supporte pas la faiblesse? Je ne vais pas remettre mon magnéto en marche, mais vous imaginez d'ici ces jeunes kids jouant la marche des mammouths, et vous avez raison. Seulement il a été prouvé par de longues recherches aux quatre coins des bars de la Galaxie que ce heavy metal possédait un équivalent mélodique, douceâtre, raffiné, recherché. Ce qui explique en fait que les Wackers aient jamais existé, que les producteurs du Cult soient aussi ceux de Pavlo's Dogs ou que Rodd Rundgren ait toujours un public indéracinable, sans parler de John Metal Kid, qui ne possède que tout Black Sabbath et tout Elliott Murphy et déclare très bien se porter comme ça.
Alors les petits malins de Cheap Trick ont découvert le plan du siècle : par une aberration inexplicable, ils jouent le métal le plus mélodique qui se puisse rêver, mais pas comme Queen (oh ! Oh !).
Bon ! J'aime bien la face 1 qui démarre sur « ELO Kiddies » (avec un bruit de sonnerie remixé dans le fond, alors vous vous levez en maugréant et vous allez ouvrir la porte, encore un gag, et de sept).
Bon, ils ont un sérieux engouement pour Alice Cooper, les Cheapo. Ils adorent aussi les enfants ; le morceau se termine dans un bruit d'école maternelle en folie. Juste après, il y a un bruit de Fender en train de se brancher, et puis un riff, riff souverain sur lequel se poseront les dérapages d'une slide guitar et les cris plus que suggestifs du chanteur. Superbe. Le tout est fait avec une voix éraillée, sur des accords chevaleresques. Mais le grand machin, c'est la capacité de ce groupe à écrire des chansons au second degré (pauvre Ray Davies, perdu entre le septième et le premier !). Par exemple, ils repiquent « Taxman » aux Beatles, et même si ce n'est pas très groove, moralement parlant, c'est le huitième gag quand même : Cheap Trick, ou plutôt son chanteur, se met à vous expliquer que tous ces Beatles n'en voulaient qu'à votre pognon, à preuve, ils vont sûrement et certainement leur intenter un procès pour « vol de mélodie » , et est-ce que ce n'est pas une preuve manifeste, ça ??? Etonnez-vous encore si les Tricks ont, des mois durant, traîné derrière leurs amplis une réputation de « groupe à ne signer sous aucun prétexte ». Heureusement, Jack Douglas a pris en main les leviers de la production, et il prouve ici même (et au moment où son papa Bob Erzin tourne en rond) qu'il est le producteur de métal définitif entre 4 mn 06 et 5 mn 02.
Bon, je ne sais vraiment pas pourquoi je vous parlerais de la première face, puisque je viens de décrire la face A. De toute façon, ils mollissent pas, et pourquoi voudriez-vous qu'ils le fassent ? A leur âge, au premier album ?! Quant aux guitariste, il est super : un Jimmy Page pour la clarté des idées, qui s'astreindrait à fouiner dans la putréfaction, à la Jeff Beck.