Tout le monde connait Bernard Giraudeau, acteur et maintenant réalisateur de cinéma, comédien et metteur en scène, moins connu est l'écrivain qui en est déjà à son 7ème livre. Cher amour est très difficile à définir : à la fois journal intime, carnet de voyages et correspondance imaginaire avec une belle inconnue. Pour le côté journal intime, nous avons doit à quelques confidences sur sa vie de marin, puis d'acteur. Pour les voyages, on est servi, Giraudeau est un vrai globe-trotteur qui nous entraîne en Amazonie, au Chili, aux Phillipines (pour le tournage d'un film sur le général Leclerc), à Djibouti (sur la « Jeanne d'Arc » à titre d'écrivain officiel de la Marine Nationale) et jusqu'au Cambodge (pour un autre film, « L'empire du Tigre »). C'est un cinéaste compulsif. Il ne peur aller quelque part sans filmer gens et paysages, ce qui lui attire quelquefois des ennuis...
Le point le plus faible de ce bizarre ouvrage serait ses déclarations d'amour éperdu à cette femme qui n'existe pas et que l'on devine idéalisée, réduite au rang de prototype inaccessible, la fameuse Femme avec un grand F. Heureusement, Giraudeau ne se paie pas seulement d'illusions, de grands mots et de formules faciles. Il sait également nous faire partager les paradoxes et les affres de l'acteur (Richard III), les rêves et les illusions du voyageur et surtout les petitesses et les souffrances (ablation d'un rein, séjour à l'hôpital) de l'homme attachant qu'il est. Il vient d'obtenir le Prix Mac Orlan pour « Cher Amour ». Cela me semble mérité car ce livre est une vraie invitation au voyage, dans tous les sens du terme.