Ce livre s'annonçait bien. Style agréable. Sujet intéressant. Cibles de choix. Références culturelles et littéraires plaisantes (prologue). De quoi rendre la lecture passionnante.
Mais rapidement, lorsqu'on entre dans le vif du sujet et le premier chapitre consacré à Michel Onfray, malgré tout le mal que l'on peut éventuellement penser de la « star » en question, un certain malaise commence à s'emparer de vous (de moi) devant tant de « révélations » et mots durs à l'encontre de la « cible » (selon les termes de Jean Bothorel lui-même), fussent-ils mérités.
Et l'apothéose est atteinte lorsque, dans le second chapitre, Jean Bothorel commence par nous expliquer que Bernard Henri-Lévy est un ami de plus de vingt ans ( !), avant de lui adresser publiquement une lettre véritablement assassine (n'aurait-il pas pu lui dire tout cela directement, pendant tout ce temps ?). On a alors l'impression de se voir dans le rôle d'un voyeur, ce qui renforce considérablement le sentiment de malaise.
Et finalement, paradoxalement, Jean Bothorel finit même par me rendre Bernard Henri-Lévy presque sympathique et ses écrits dignes d'être lus, ce dont je me suis gardé jusque-là (mais je ne devrais pas changer, faute de temps et d'intérêt réel pour le personnage).
Le même Jean Bothorel, que je ne connais pas du tout et dont j'espérais une production intéressante sur le thème de la déculturation (si brillamment traité, en revanche, par un Renaud Camus d'un tout autre niveau à travers son ouvrage « La grande déculturation ») commet des approximations indignes d'un esprit qui se veut rigoureux.
Ainsi en va-t-il, par exemple, de son affirmation (p.64), selon laquelle « nos dirigeants politiques, de gauche à droite, se sont lentement et sûrement convertis au libéralisme ». Simple commérage ou propos digne du « café du commerce » ?
Et que dire, page 68, de son intégration de M. Gorbatchev parmi les grands noms des résistants de l'intérieur qui ont contribué à l'effondrement de l'URSS ? Quelle ignorance, arrivé en 2008 où on en sait désormais bien plus sur l'enchaînement des événements et ce qui s'est réellement passé à l'époque ! (voir par exemple « Le KGB au pouvoir : le système Poutine » de Thierry Wolton).
Le livre se poursuit ensuite sur le procès, sans doute pas immérité bien que teinté parfois d'admiration, d'un Philippe Sollers à la posture bien particulière, avant d'évoquer ce que l'auteur appelle « la tyrannie du vécu », puis le dévoiement de la critique, pour finir par la déculturation des politiques, non sans une certaine pédanterie, réfutant presque la légitimité des uns ou des autres à vouloir exprimer leurs préoccupations, même si beaucoup de choses sont justes dans le raisonnement, tant on ne doit pas être dupes des réelles motivations qui se cachent parfois derrière ces productions éclipsant malheureusement régulièrement les réels chefs d'oeuvre.
En conclusion, même si les auteurs vilipendés ne sont vraiment pas ma tasse de thé et sont effectivement extrêmement narcissiques, peut-être ce type de pamphlet correspond-t-il à la pratique du milieu et les victimes d'un jour sont-elles elles-mêmes des « assassins » en puissance, mais de ce type de règlements de compte ou je ne sais quoi d'autre, très peu pour moi, merci (même si j'avoue y avoir trouvé malgré tout un peu du plaisir du voyeur sur l'instant, mais on ne m'y reprendra pas).