Présentation de l'éditeur
Linstallation se révèle demblée délicate. La maison de Mrs Lippincote, ses meubles et sa vaisselle, ses photographies jaunies résistent. Il est difficile de sapproprier un lieu qui représente les certitudes disparues avec léclatement de la guerre, qui symbolise aussi la famille établie, exemplaire (en apparence du moins), modèle dont les nouveaux occupants se sentent bien éloignés.
Dans ce cadre se déroule désormais leur quotidien, au rythme des repas, des lectures (hommages aux surs Brontë, à Stevenson et à dautres grands écrivains), des sorties nocturnes, des maladies du garçonnet, des relations sociales des uns et des autres - entourage professionnel de Roddy, collègues et réunions politiques dEleanor, amitié entre Oliver le brillant petit rat de bibliothèque et Felicity lintrépide, visites que reçoit et rend Julia. « Petits riens » qui font les joies et les drames de la vie ordinaire. Mais, durant cette période transitoire, instable, les hypocrisies vont apparaître peu à peu, les masques se fissurer, les tensions latentes saccumuler jusquà léclatement final.
De ce premier roman dElizabeth Taylor, publié en 1945, L.P. Hartley a déclaré que cétait « un livre pour les gourmets, qui se délecteront de son habileté ( ) et de ses sous-entendus ». En effet, létude des caractères, la subtilité psychologique (complicité entre mère et fils, complexité du lien conjugal ), la mise au jour des sentiments enfouis, des dissimulations et des trahisons inhérentes au couple, aux rapports humains en général, sont frappantes, de même que lécho entre sphère intime et contexte historique, deux univers pareillement mouvants.
Se composent des variations sur le thème de linfidélité à soi, aux autres : écart de conduite avéré pour Roddy ; questions didentité dEleanor, tiraillée entre sa loyauté à Roddy (dont elle est secrètement amoureuse) et son (pseudo ?) engagement politique avec ses camarades ; flottements et aspirations ténues de Julia, qui soffre les seules petites escapades quune épouse puisse se permettre, amitiés masculines avec Mr Taylor, quelle a connu à Londres, et avec le lieutenant-colonel, supérieur de Roddy ; par contraste, les enfants, eux, gardent intacte leur affection mutuelle, malgré la séparation ultime.
Certes, le noir domine cette peinture dun quotidien mensonger, assez étriqué, des élans timides et avortés vers un ailleurs que les personnages eux- mêmes condamnent à rester dans la sphère du fantasme. A la désespérance discrète se mêlent néanmoins une grande fraîcheur et une vitalité, en partie liées à lhumour, composant une ambiance douce-amère récurrente dans luvre de la romancière et nouvelliste. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .