A mon avis, l'une des meilleures comédies musicales jamais réalisée! Les séquences chantées et dansées sont rêvées par Roxie et représentent l'autre versant d'une réalité enluminée par les artifices du spectacle. La mise en ½uvre virtuose transforme tous les numéros chanté et dansé de la vie réelle en numéros de cabaret : les prisonnières donnent un numéro de tango époustouflant, la conférence de presse devient un numéro de ventriloque et de marionnettiste tandis qu'un procès se transforme en piste de cirque. Rob Marshall joue à glisser du réel à l'illusion, dans la même séquence, les deux versions d'une même situation se superposant, s'enchaînant, se faisant écho. A chaque fois, le réalisateur a truffé le tableau de symboles liant la réalité au numéro de cabaret ; je connais le film pratiquement par c½ur et il m'arrive encore de découvrir de petits détails.
La direction artistique est une réussite : chorégraphies et chansons endiablées (achetez la BO
Chicago ça vaut le coup) comme on les aime. Le film réjouit également par sa peinture du Chicago des années 20 : une presse paresseuse et sensationnaliste, une justice corrompue, les débuts du règne de la médiatisation, mais également le défoulement de l'après-guerre, l'alcool qui coule à flot dans les cabarets alors que la Prohibition vient d'être mise en place, le jazz... C'est le règne de l'illusion. Comme le résume Billy Flinn, avocat grand manipulateur des médias : "It's all a circus, kid. A three ring circus. These trials- the wholeworld- all show business.".
Les acteurs sont excellents, en tête Catherine Zeta-Jones qui rappelle évidemment Liza Minnelli dans
Cabaret et John C.Reilly, très émouvant dans son numéro de clown triste. Rennée Zellweger n'a pas le talent de Catherine Zeta-Jones mais joue parfaitement la godiche arriviste. Même Richard Gere que je trouve d'habitude tellement palot allie le charme et le cynisme qui siéent à l'époque. Les personnages sont tous hypocrites, arrivistes, menteurs ou idiots et c'est tout à fait jouissif ! Chicago est joyeusement amorale : le cynisme est, ici, l'arme favorite de chacun(e) et mène droit non à la punition, mais au plus éclatant des happy ends..
Comme
Cabaret, Chicago est tiré d'une comédie musicale de Broadway. Le film a remporté 6 oscars en 2002, dont celui du meilleur film, qui sont amplement mérités. Je recommande de le regarder en VOST pour ne pas perdre la saveur de l'américain des années 20.