Sur la pochette, la photo interdit que le moindre cœur féminin résiste à la beauté ravageuse de cet homme, à la peau mate et aux yeux clairs. Sur le disque, la qualité des compositions interdit que le moindre mélomane résiste au charme, à l’innovation, et à la sensibilité de ces chansons.
No.4 constitue la réédition du…cinquième album de Buarque (compte tenu du disque réservé au marché de l’exil italien), et a la saveur d’un journal intime.
En 1970, le chanteur s’est résolu à regagner le Brésil, malgré une dictature militaire de plus en plus contraignante. Il vient de passer près d’un an en Italie, et d’être bercé autant de mois par la culture du vieux continent : l’Italie et son raffinement, certes, mais également le romantisme français, ou le ravage des passions ibériques. C’est dans ce creuset que s’élabore l’album, nourri des racines musicales brésiliennes du chanteur, de sa fascination grandissante pour le marché pop international, et d’une avalanche de nouvelles choses à exprimer, qui submerge le jeune homme. Le résultat reste l’une des plus belles collections de classiques jamais gravés par Buarque.
Dans
« Tema de 'Os Inconfidentes » est invité le groupe MPB-4, amis de longue date de Buarque, et fer de lance de l’élan artistique, insufflé alors par la nouvelle chanson brésilienne.
« Rosa Dos Ventos » ou
« Samba e Amor » constituent d’autres sommets de l’inspiration du jeune homme. Mais, en tête de menu, règne naturellement en vrai moteur du disque
« Essa Moça Tà Diferente », samba indolente et sensuelle, qui connaîtra à sa première édition un véritable succès. Mais le triomphe mondial devra attendre 1989, date à laquelle la rengaine sera utilisée pour le compte d’un spot publicitaire vantant, sur fond de fesses dorées par le soleil, les mérites supposés d’une boisson gazeuse.
Par ailleurs, et si l’on excepte deux compositions en compagnie, qui de Vinicius de Moraes, qui d’Antonio Carlos Jobim, l’entièreté de
No4 est dû à la plume de Buarque, qui démontre à satiété ici ses qualités de créateur, et d’interprète.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story