Il ne faut surtout pas se fier au commentaire de Philippe à qui je conseille vivement de retourner écouter sa compil' pour avoir de "la disco qui fait rajeunir" comme il dit. Il pourra ainsi se gargariser de "Stayin' Alive" que l'on a entendu si peu en 35 ans!
Avec le magique "Main Course" sorti juste l'année précédente, les frères Gibb osaient le grand saut, le grand écart qu'aucun autre groupe avant lui (ni après) n'aura la capacité de réaliser. Les Bee Gees étaient jusqu'ici un groupe de pop vocale typiquement blanc, voire Anglais, jusqu'à 1972. Puis arrive le temps de l’exil aux U.S.A. avec son trésor le plus INJUSTEMENT sous-estimé, le candidat parfait pour l'île déserte, leur album de 1973, "Life in a tin can" et son frangin abandonné en route le merveilleux "A kick in the head is worth eight in the pants" qui aurait dû suivre la même année. C'est 2 chefs d’œuvre absolus, traversés de zébrures country indiquent déjà la mutation à venir. Puis c'est la rencontre avec Arif Mardin, producteur d'Aretha et surtout de Dusty Springfield, une autre mutante anglaise en Jackie Brown. Avec lui, les Bee Gees vont se réinventer totalement jusqu'à l'abstraction complète de leur première peau pour devenir un nouveau black girl band comme le monde n'en avait jamais connu auparavant. "Main Course" colonisé par les claviers de Stevie Wonder puise autant dans le répertoire de Crosby, Still, Nash & Young que dans la soul Cappuccino des veloutés Gamble and Huff. Les voix changent tout bonnement de sexe, Barry Gibb se découvrant un registre vocal égal à celui de Diana Ross en profite pour tirer la couverture à lui. Et puis arrive ce "Children of the world" de 1976. C'est la dreamteam responsable du tsunami "Saturday night fever" qui est pour la première fois aux commandes sur cet album.
La mutation est arrivée à son terme avec cette galette : les Bee Gees sont devenus 3 sublimes drôles de dames Afro-Américaines pilotant la plus enivrante des machines à danser de la planète. 10 titres renversants dominés par les claviers électriques et les synthétiseurs analogiques tantôt garages tantôt caramélisés, alternant mid-tempos divins (you stepped into my life, children of the world), disco-funks brillants (lovers, can't keep a good man down, subway) et ballades démoniaques tant elles sont délectables (love so right, love me et the way it was). Il n'y a rien à jeter dans cette bombe à retardement qui annonce déjà la suite (You should be dancing), pas 1 titre en dessous de l'autre. Un son qui peut raviver à lui seul, tout le fantasme du souvenir des années 70, tout en fourrure, en lumière Hamiltonnienne carressant des torses noirs et musclés, moulés dans des soucoupes volantes d'argent, mouvants, cocaïnés et offerts comme il se doit.
Children of the world n'est pas que l'un des plus grands disques des Bee Gees, il mérite de trôner très haut sur le podium des albums essentiels des année 70 pourtant garnies en la matière à l'époque.
De plus, cette réédition CD "reprise" de 2006 est particulièrement réussie, fidèle au vinyle original, pas trop compressée et délicatement remasterisée, fait rarissime !