Si c'est le compositeur irlandais John Field qui mis le genre du Nocturne à la mode, c'est incontestablement Chopin qui lui donna ses lettres de noblesse. Là où Field explore une large variété d'expressions, Chopin choisit de réduire la forme à un tempo lent et une mélodie chargée de sentiments, forgeant ainsi pour la postérité le caractère si particulier de ces petites pièces devenues le vecteur de sa mélancolie.
Après une tentative de suicide à 20 ans, Rubinstein s'ouvre soudainement à la beauté du monde. Il n'aura de cesse sa vie durant d'essayer de transmettre son amour des choses et de la vie à travers la musique. C'est en 1965, âgé de 79 ans, qu'il réalise cet enregistrement des Nocturnes. Avec une science incomparable des nuances et du rubato, il s'y montre un véritable magicien des couleurs, se faisant l'apôtre de la douceur nostalgique, le héreau de l'abandon tranquille, le chantre de ce que Gérard de Nerval appelait le Soleil noir de la Mélancolie.
Ou un Rodrigue aux doigts d'argent, nous évoquant cette obscure clarté qui tombe des étoiles.