Alors que d'autres attendent sagement de mûrir pour enregistrer les sonates pour piano de Chopin, c'est à 27 ans que Simon Trpceski a décidé de se frotter à ce qu'il convient d'appeler un standard, la Sonate n° 2 en si bémol majeur. Entamée à une allure vertigineuse, une première écoute permet sans beaucoup d'efforts d'établir le portrait du jeune pianiste. Puissant avec beaucoup d'aplomb et d'un caractère bien trempé, il est de préférence prompt que mélancolique. D'ailleurs, la célèbre Marche funèbre donnant le tempo du troisième mouvement nous le confirme. En pleine possession de ses moyens techniques, les quatre Scherzos sont abordés avec la même volonté. Pièces sans équivalence, si elles sont teintées de romantisme, celui-ci est plutôt mat que brillant. Difficiles à cerner et souvent très virtuoses, elles ne rebutent pas pour autant le Macédonien qui les élève à un niveau jusqu'alors rarement atteint. Sur un plan purement sonore, là aussi la réussite est à saluer. Le piano est bien proportionné et l'acoustique du Potton Hall de Westleton est merveilleusement mise à profit par les techniciens du son. La dynamique est au rendez-vous et aucune des deux mains n'est trahie dans l'extrémité de son registre : les aigus sont aériens et les graves abyssaux. La dimension de l'effet stéréophonique correspond bien au volume de l'instrument. Au final, nous sommes en présence d'un très beau disque d'un artiste à suivre de très près.