Chopin a peu écrit en dehors du répertoire pour piano seul; on ne lui connait que cinq pièces de musique de chambre, toutes avec piano. Outre quelques Variations avec flûte et un Trio avec violon et violoncelle, trois pièces se consacrent au violoncelle : un Grand Duo concertant (sur des thèmes de Robert le Diable de Meyerbeer), une Introduction et Polonaise, et enfin une Sonate.
Si le violoncelle a gagné ses lettres de noblesse sous le génie de Beethoven, il est devenu ensuite un instrument majeur de la mouvance romantique. Chopin compose sa sonate pour piano et violoncelle en sol mineur op.65 à l'âge de 35 ans, alors qu'il est devenu le maître total du clavier; ce sera finalement sa dernière oeuvre publiée, en 1847. On retrouve toute sa science symbiotique du piano dans le riche accompagnement de cette sonate, mais le traitement du violoncelle ne démérite pas par rapport au clavier : c'est avec une maîtrise totale des sonorités de l'instrument que le compositeur polonais nous livre des thèmes lyriques, riches et inspirés, réalisant au final une oeuvre devenue un sommet du répertoire.
La polonaise avec violoncelle en ut majeur op.3 fut la première écrite par Chopin, à l'âge de 19 ans (il y ajoutera une Introduction l'année suivante); il dédiera ensuite le genre au piano seul, pour le porter au degré de perfection qui passera à la postérité. Si le compositeur lui-même considérait cette pièce comme mineure, elle n'en fait pas moins montre d'inspiration et, déjà, d'une remarquable science de l'instrument.
Cet enregistrement de mars 1980 réunit deux musiciens d'exception : Martha Argerich et Mstislav Rostropovich. La lionne argentine s'allie avec l'archet aristocratique russe dans une complicité et une complétude parfaite. Une interprétation vivante et spontanée, pleine de caractère et de brio, tour à tour lyrique et exubérante, avec un équilibre absolument parfait entre les instruments.
En complément, l'Adagio et Allegro en la bémol majeur op.70 de Schumann (qui existe aussi en version pour cor et piano), dans une interprétation tout aussi intense.
Et s'il est vrai que le disque est assez court (à peine 46 minutes), il constitue bien entendu une référence évidente.