Commentaires client les plus utiles
|
|
9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
D'une révolution à l'autre, 23 juillet 2007
Choses vues reprend le journal de Victor Hugo. On y trouve en vrac des paragraphes sur sa vie privée ou mondaine, d'autres sur son activité d'Académicien et de Pair de France, quelques lettres, quelques vers, des traits d'esprits et des calembours, ainsi que des commentaires plus généraux sur la politique ou la littérature. Il y a de nombreux portraits très vivants des hommes politiques, des artistes, de la famille royale. Ce volume couvre la monarchie de Juillet, en incluant les révolutions de 1830 et de 1848. La partie la plus intéressante à mon avis est le récit farce de la révolution de 1848, qui rappelle celui qu'en fait Flaubert dans l'Education Sentimentale (les immortelles séances du Club de l'Intelligence...). Les notes sont cependant un peu limitées et il est conseillé d'avoir un dictionnaire à portée de main pour identifier les personnages ou les évènements cités.
|
|
|
4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
"Le membre sexuel du morse est un os", 1 octobre 2009
Le 7 mars 1830, Victor Hugo a 28 ans ; depuis plus d'une semaine qu'Hernani se joue au Théâtre-Français, l'émotion ne retombe pas : critiques déchaînés, spectateurs indignés, froideur des comédiens ... Ce soir-là, à minuit, le jeune auteur écrit : "Il n'est pas un machiniste, pas un figurant, pas un allumeur de quinquets qui ne me montre au doigt". Or Victor Hugo vient de dîner chez Joanny, interprète de Don Ruy Gomez, lequel s'est solennellement levé au milieu du repas pour l'assurer de son admiration et de son respect, allant jusqu'à évoquer Corneille. Hugo conclut alors : "A quoi bon avoir sifflé Hernani ? Empêche-t-on l'arbre de verdir en en écrasant un bourgeon ?".
Superbe introduction où l'on imagine l'homme de dos, accablé, fatigué, écrivant à la bougie, qui pose sa plume, redresse doucement la tête, tandis que la flamme éclaire des yeux au regard vainqueur. Ainsi commence Choses vues. Pourtant, ce qui s'annonce comme une sorte de journal intime, de recueil de pensées, va évoluer au cours du temps, et prendre parfois l'aspect d'un carnet de connaissances, parfois d'un bloc-notes à calembours, jusqu'au témoignage historique de la révolution de 1848 dont, soit dit en passant, il vaut mieux déjà connaître les grandes lignes. Survol :
Octobre 1830 : Mauvais éloge d'un homme que de dire : son opinion n'a pas varié depuis quarante ans. C'est dire que, pour lui, il n'y a eu ni expérience de chaque jour, ni réflexion, ni repli de la pensée sur les faits. C'est louer une eau d'être stagnante, un arbre d'être mort ; c'est préférer l'huître à l'aigle.
1836 : M. de Chateaubriand vieillit par le caractère plus encore que par le talent. Le voilà qui devient bougon et hargneux. Le voilà qui invective, à côté de la monarchie de Louis-Philippe, les nouvelles écoles d'art et de poésie, le drame actuel, les romantiques, tout ce qu'un certain monde est convenu d'invectiver en certaines termes. Le voilà qui mêle aux passions politiques les passions littéraires, la jalousie à l'opposition, les petites haines aux grandes. Triste chose qu'un lion qui aboie.
5 mai 1839 : Si un souvenir sacré n'y emplissait mon âme, je haïrais votre Père Lachaise, avec ses hideux petits édifices maniérés, à cases et à compartiments, où le brave Parisien met dans des tiroirs son père, sa mère, sa femme, ses enfants, toute sa race. Ô tombeau de famille, dernière commode du bourgeois !
20 Juillet 1846 : J'ai remarqué qu'il ne se passe pas de jour qui ne nous apprenne une chose que nous ignorions. [...] Un homme quelconque qui tiendrait note, jour par jour, de ces choses, laisserait un livre intéressant. [...] J'ai l'intention, pour ce qui me concerne, d'écrire ce journal. [...] Je regrette de le commencer si tard.
2 août 1846 : Le renflement du globe à l'équateur est d'environ cinq fois la hauteur du Mont Blanc.
31 novembre 1846 : L'autre jeudi, à l'Académie, M.Ancelot disait ce quatrain :
"J'ai joué, je ne sais plus où,
Sur un billard d'étrange sorte.
Les billes restent à la porte
Et la queue entre dans le trou."
5 mars 1847 : La reine Victoria vient d'ordonner dans toute l'Angleterre un jour de jeûne liturgique pour obtenir de la divine providence qu'elle daigne ne plus appesantir son bras sur l'Irlande. Quelle dérision, l'Angleterre jeûne pour l'Irlande qui meurt de faim ! Ne jeûnez pas, nourrissez-la !
1 mai 1847 : On vient de décorer M.Lurine. Sans doute, a dit Alexandre Dumas, parce qu'il a promis de ne plus manger d'asperges.
On pourrait continuer ainsi longtemps, évoquer les séances potaches à l'Académie, les visites en prison, les promenades dans Paris, les procès devant la Chambre des Pairs, ou encore la mort de sa fille, passage d'autant plus tragique et émouvant qu'Hugo n'en parle pas. Le journal s'interrompt, en septembre 1843, pour reprendre en novembre comme si de rien n'était. Trois ans plus tard, le 4 septembre 1846, on lit : "Il y a aujourd'hui trois ans ... hélas !". Une leçon de dignité.
J'ai été charmé par cet ouvrage, dont les 700 pages richement annotées couvrent la période allant de 1830 à 1848, et dans lequel on découvre un Victor Hugo humain, drôle, proche des idées de ses oeuvres tout en adoptant un ton simple. Le découpage en petits paragraphes rendant ce livre particulièrement adapté aux transports en commun, je vous recommande la compagnie de Hugo, qui devrait remplacer avantageusement celle de nombre de voyageurs, notamment parmi ses détracteurs.
|
|
|
8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
magistral, 25 février 2003
Hugo égale Chateaubriand et en précision le dépasse. Epoustouflant. C'est cette édition qui est la meilleure : nul ne connait mieux Victor Hugo qu'Henri Guillemin. Ce livre est infiniment agréable à lire et manipuler. On en a vraiment pour son argent.
|
|
|
Commentaires client les plus récents
|