Un condensé de la pensée musicale de ce compositeur. Quinze symphonies dont certaines d'une puissance véritablement renversante, d'une richesse musicale et d'une qualité d'orchestration phénoménales et quinze quatuors où quelques cordes suffisent pour créer un monde musical d'une profondeur insondable.
Les Borodin sont encore et toujours inégalés dans ce répertoire. Il est rare d'entendre une telle fusion sonore, une telle évidence dans la complémentarité. On entend la musique, et non les musiciens; ou pour le dire autrement, la pensée est globale et chacun apporte sa pierre à ce gigantesque édifice sans chercher à se mettre en valeur. Le résultat est bouleversant.
On atteint dans plusieurs de ces quatuors les plus hauts sommets.
Le quatrième, très populaire, frappe par son lyrisme, ses accents folkloriques, ses nuances et la maîtrise de son écriture.
L'austère 10ème (dont une transcription pour orchestre existe) est d'une telle tension que ses dernières notes vous laissent frustré (on en voudrait davantage), et en même temps hors d'haleine (il était temps que cela s'arrête pour pouvoir reprendre son souffle)...
Le cinquième est un modèle d'audace, alliant la forme sonate dans un mouvement et une grande liberté dans un autre.
Le onzième, en sept mouvements courts joués sans interruption est d'une grande austérité. Comment ne pas ressentir ici la désolation, la souffrance ? Le treizième, en un seul mouvement est un modèle de dépouillement en même temps qu'un véritable chant de désespoir.
Le sixième est sans doute, de toute la série, celui qui exprime le plus de joie, de légèreté. Et cela, dans une écriture remarquable.
Le quinzième semble ne plus appartenir à ce monde (le compositeur avançait en âge, et quand la fin est proche, la pensée va à l'essentiel...).
Les cordes permettent une profusion de sonorités. Elles sont parfois douces, souvent rugueuses, elles ponctuent le discours ou étirent les notes, se frottent, s'additionnent,... Ces oeuvres constituent un véritable catalogue de leurs possibilités! La musique n'est ni légère, ni facile. Ce n'est pas le côté mélodique qui l'emporte. Les instruments vous convient à entendre ce que ce phénoménal compositeur était capable de concevoir: une pensée sans concessions, une rigueur absolue, des audaces harmoniques (les derniers quatuors exploitent la série des 12 sons...), des contrastes surprenants, la souffrance aussi (le contexte politique, les guerres qu'il a connues), un côté sarcastique, de la sauvagerie par moments, un dépouillement qui abrite la désespérance,... C'est immense et inattendu comme peut l'être notre univers intérieur.
Dimtri Chostakovitch a érigé là son monument. Mais, pour beaucoup, c'est LE monument.
Si un voyage et une visite dont on ne revient pas indemne vous tentent...