Voilà un libre bien étrange : court, pas plus de 130 pages, et pourtant d'une grande densité, donnant l'impression, après l'avoir refermé, d'avoir suivi une histoire longue et complexe... Pourtant, Chronique d'une mort annoncée raconte une histoire d'honneur et de vengeance tellement classique qu'on serait prêt à jurer l'avoir déjà lu. Et pourtant... Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature, arrive, à partir d'un matériau stéréotypé, à donner vie à une histoire qui, il faut bien le reconnaître, vous marque. Mais quelle histoire au juste ? Je comprends que les lecteurs de ce blog auront à caeur d'en savoir plus, mais à mon sens ce serait un tort. J'ai lu ce livre sans savoir de quoi il retournait et il me semble bon de le découvrir ainsi.
Toutefois, que peut-on en dire ? Marquez joue en fait avec ironie d'une histoire tragique. Un crime est annoncé, tout le monde sait qu'il va se produire, mais l'auteur arrive néanmoins à faire en sorte que personne ne puisse l'arrêter. Il y a là révélé toute une facette de la psychologie humaine particulièrement savoureuse. D'autant que le récit évolue dans un village reculé (où se trouve-t-il ? à quelle époque précise sommes nous ?) mettant en scène une population locale au caractère bien affirmée, à la personnalité fantasque, et pour lesquels l'honneur, l'amour et la mort s'entrecroisent.
Il y a un vrai plaisir à savourer ce livre parce qu'il renferme quelque chose d'étrange et d'intriguant. On sent, confusément, qu'il ne s'agit pas seulement d'une histoire d'assassinat pathétique, mais que derrière, l'auteur a eu à caeur de raconter une vérité essentielle sur l'Homme. De ne pas l'avoir comprise cette vérité, j'en conçois une étrange sensation : mais désormais, un texte m'habite et ne se fera pas oublier tant que la vérité n'aura pas été décelée.