Réécrire 700 ans d'histoire, quel challenge !
Voilà donc un auteur très ambitieux, mais pourquoi pas puisque KSR a su nous livrer la non moins ambitieuse trilogie martienne, qui reste une réussite inégalée (malgré quelques longueurs tout de même, osons le dire).
Hélas la réussite n'est pas toujours au RV.
A l'arrivée : ce pavé très indigeste de + de 1000 pages dans l'édition présentée, durant lesquelles KSR ne parvient pas à nous tenir en haleine, et loin s'en faut.
De quoi s'agit-il ? Si l'idée de départ est intéressante - un petit groupe de personnages dont les destins sont amenés à s'entrecroiser va se réincarner de vies en vies à travers les âges (grosso-modo de la Grande peste noire à nos jours) sans en être pleinement conscients (normal, vous vous souvenez de vos vies antérieures vous ?) - pourquoi ces centaines de pages de digressions philosophico-religieuses sur fonds d'évocation de différents modèles économiques et politiques tous plus ou moins expansionnistes et, in fine, voués à l'échec ? KSR ne nous explique d'ailleurs pas vraiment pourquoi ils le sont... mais en gros, selon lui l'Economie mondiale est régie par les contraintes Malthusiennes et la Politique par l'exploitation des masses par les élites, donc tout cela ne peut mener à rien de bon, sinon à l'apothéose d'une Grande Guerre sur fonds de choc des civilisations. Quitte à être ambitieux, on aurait souhaité plus de précisions dans la critique des diférents modèles sociétaux et, surtout, l'évocation d'un contre-modèle crédible, qui n'est que très vaguement évoquée (on est loin sur ce plan de la richesse descriptive de la pré-citée trilogie martienne).
Quant au déroulement de la trame historique qui sert de toile de fonds à l'évolution des personnages, elle est assez sommairement dépeinte (la description des événements en eux-mêmes tiendrait en quelques pages) et semble en grande partie régie par le chaos. Si les événements historiques en eux-mêmes manquent de souffle, les actions de notre petit groupe de personnages moulte-fois réincarnés ne vous tiendront pas en haleine non plus (ils font de leur mieux, mais attention, ils ne peuvent pas sauver le Monde, qui en aurait pourtant bien besoin). KSR nous fait sombrer ici corps et bien dans une forme d'hyper-réalisme ... A côté de cela, la spiritualité, omniprésente dans tout le roman, est abordée sous forme d'évocation des religions néo-boudhistes et musulmanes dont les cultures et les traditions s'entremêlent au fil des âges. Offrent-t-elles un refuge à l'individu face au rouleau compresseur de l'Histoire et du destin ? Rien n'est moins sûr !
En résumé, difficile de s'évader avec cette oeuvre quelque peu brouillonne et, à la réflexion, résolument nihiliste, même si quelques lueurs d'espoir apparaissent ici ou là. Au mieux, elle fera réfléchir les plus optimistes et les plus tenaces d'entre les lecteurs ! Elle pourrait bien désespérer les autres...