Je me souviens avoir regardé à plusieurs reprises, tout jeune, la fameuse "minute de monsieur Cyclopède", diffusée quasi-quotidiennement à la télévision. Mais j'étais alors probablement bien trop jeune pour pouvoir saisir grand chose.
C'est donc avec une certaine curiosité, et après de régulières références à Pierre Desproges lors de mes lectures qui ont eu pour effet d'éveiller mon attention, que j'ai eu l'idée de me plonger dans la retranscription de certaines de ses chroniques, ici radiophoniques, qui ne pouvaient que m'attirer depuis déjà longtemps, en référence à un esprit libre comme on en voit bien peu.
Au premier abord, j'ai eu un peu de mal face à l'âpreté de certains propos et aux excès de grossièretés que je n'apprécie pas véritablement. Mais j'ai, en revanche, immédiatement été séduit par la qualité littéraire de l'écriture. Un style inimitable (bien que j'ais comme le sentiment que certains, aujourd'hui, tenteraient bien d'en imiter l'inspiration).
Ces chroniques m'ont également semblé inégales, ce qui aurait pu justifier uniquement 4 étoiles. Mais face à un tel style, une telle liberté de ton et une telle personnalité et originalité, j'opte résolument pour les 5 étoiles.
Surtout aussi parce que j'ai le sentiment que Pierre Desproges est beaucoup imité aujourd'hui, par des esprits qui n'ont rien à voir.
En effet, le spectacle qui nous est trop souvent offert aujourd'hui, par des esprits au demeurant à première vue sympathiques en apparence, est celui de "comiques" particulièrement égocentriques, qui se regardent beaucoup le nombril, sont fortement politisés (toujours du même côté) et agissent plus comme des moralistes à bon compte, qui se croient, comme le relève
François L'Yvonnet, "des agents du Bien", toujours sur les mêmes sujets faciles et très binaires (la droite, l'église, les racistes, les salauds de riches, le Medef, les politiques, les policiers), avec des postures en réalité sans grand risque et qui relèvent très souvent de
l'imposture. La culture "bobo", en quelque sorte, comme le titrait encore cette semaine un hebdomadaire critique, avec tout le caractère
mimétique qui la caractérise.
Ici, rien de tout cela.
On a affaire à une vision souvent assez crue, en apparence, de la société, mais en réalité avec une subtilité bien plus grande qu'il peut y paraître. Et une certaine pudeur, malgré l'âpreté des propos à laquelle je faisais référence. Qui sonne souvent juste. Des propos qui peuvent souvent paraître excessivement durs et parfois choquants, mais qui se révèlent en réalité bien plus compatissants et dénués de toute réelle méchanceté. En tous les cas, sans moralisme de pacotille ou arrière-pensées idéologisées, à l'instar de nos présumés comiques d'aujourd'hui (à de rares exceptions près). Et sur des sujets très diversifiés, touchant au quotidien de chacun d'entre-nous ou à l'essence de l'être humain.
Des chroniques assez agréables à lire ou redécouvrir, donc, et surtout pleines d'un talent littéraire comme on n'en voit plus aujourd'hui.
Pierre Desproges, un vrai talent reconnu et de beaucoup regretté, à juste titre.