Joel Schumacher a la réputation d'un réalisateur faisant rarement dans la dentelle, et dont certains films sont accusés de faire l'apologie de l'auto-défense (les infâmes
Le Droit De Tuer ? et
8MM). Un "bûcheron" un peu réac sur les bords (et au milieu), en somme.
Ce "Chute Libre" de 1993 ne déroge pas à la règle. Il met en scène un Américain moyen (Michael Douglas, à la fois effrayant et émouvant) qui, dans un embouteillage monstre et sous la canicule de Los Angelès, sombre peu à peu dans la folie. Récemment licencié, séparé de sa femme, il n'a qu'un seul souhait : revoir sa fille, qu'il n'a plus le droit de voir suite à des altercations répétées avec son ex-femme, et lui apporter un cadeau pour son anniversaire. Il abandonne donc son véhicule en plein embouteillage dans ce but (excellente scène d'ouverture).
Le film a pu être taxé de "raciste". En effet, au cours de son périple, Douglas s'en prend à un épicier asiatique, à des clients d'un McDo noirs et à un gang de latinos. Mais aussi à un commerçant néo-nazi et à des joueurs de golf tout ce qu'il y a de plus blancs. Et il fait preuve de compassion envers un salarié noir endetté jusqu'au cou manifestant devant sa banque ("Je ne suis pas économiquement viable !"). On mettra donc plutôt tout ça sur le compte du manichéisme et de la grossière caricature.
"L'histoire d'un homme ordinaire en guerre contre la société" dit l'affiche. Est-ce toujours la faute de la société ? Et ben pourquoi pas, après tout ? Comme dirait l'autre, "l'enfer, c'est les autres". T'as raison Michael, la pub nous prend pour des idiots, elle nous présente des hamburgers goûteux, épais et colorés et à la caisse on se retrouve avec un truc tout ratatiné et peu appétissant ! Et un grand parc verdoyant, ce serait tellement mieux d'y voir des familles se promener et pique-niquer, plutôt que ces vieillards désoeuvrés pleins aux as s'adonnant au golf !
Robert Duvall, lui, interprète un flic à un jour de la retraite. « Servir pour l'honneur de la police », les blagues de potaches entre potes et bobonne à la maison.... Un vrai shérif (cf. le duel final). Et si le plus "facho" des deux n'était pas celui qu'on croit ?
Le film est à mon avis un peu trop décousu, en ce sens qu'on a l'impression d'assister à des saynètes à chaque étape du parcours de Douglas, très indépendantes les unes par rapport aux autres. Outre l'invraisemblance criante de certaines scènes (celle du bazooka lors des travaux) et des clichés cités plus haut, le film souffre également d'une issue des plus prévisibles. Mais étant donné que j'aime beaucoup ce genre de scénario (folie, société, même si la réflexion n'est pas poussée bien loin), que Douglas et Duvall sont très bons et qu'on ne s'ennuie pas, je vais mettre 4 étoiles à cette descente aux enfers urbaine. Sans aucun doute l'un des meilleurs (ou moins mauvais) films de Schumacher.
P.S : Petite anecdote : ce film a inspiré Disiz La Peste pour son titre
J'pète Les Plombs.