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« La pornographie est un art dont les artistes sont parfois incompris » (Michel Ricaud), 23 mai 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Le Cinéma X (Relié)
Première encyclopédie française consacrée à un genre cinématographique dit « mineur » (et interdit aux mineurs) mais possédant un fort pouvoir de fascination. Epuisée peu après sa parution en 2002, j'ai eu la chance de la trouver sur un site, à un prix correct (un peu supérieur à celui d'origine, étant donné sa rareté).
La partie introductive nous présente la structure et l'ambition de l'ouvrage ainsi qu'une petite étude sociologique sur ce (sous) genre assez hypocritement décrié / moqué : son public (à la base essentiellement masculin et urbain, puis plus varié), les attentes de celui-ci (transgression de l'interdit, excitation, identification aux personnages...), ses codes, scénarii et figures (l'initiation, le majordome, l'infirmière, l'échangisme, l'hôtesse de l'air, l'orgie...) et la reconversion souvent difficile de ses vedettes (qualités d'acteur insuffisantes pour pouvoir prétendre au cinéma « traditionnel », mentalités n'ayant finalement pas beaucoup évolué face à un milieu hermétique et sulfureux...).
Cette somme de plus de 400 pages s'articule ensuite autour de quatre grands chapitres :
1) L'histoire du X
Des films clandestins des années 20, destinés aux « maisons closes », aux « gonzos » et films amateurs pullulant sur le Net à notre époque, on peut observer que le cinéma pornographique est revenu aux sources, s'affranchissant de toutes contraintes (montage, direction d'acteurs, scénario, équipe et durées de tournage très réduites...) pour se limiter à sa finalité la plus « fonctionnelle » : filmer l'acte sexuel dans sa réalité brute. Entre temps, il y aura eu une « parenthèse enchantée », ce qu'on a appelé « l'âge d'or du X ». En France, c'est le très libéral Valéry Giscard d'Estaing, élu Président de la République en 1974, qui desserrera l'étau de la chape de plomb gaullisto-pompidolienne : abaissement de la majorité à 18 ans, autorisation de l'IVG, suppression de la censure... C'est le temps de la libération des m½urs, l'une des manifestations du plus controversé que jamais Mai 68. Mais face à l'invasion des films pornographiques et à leur succès considérable (
Exhibition de Jean-François Davy, 3,5 millions d'entrées en 1975), apparus dans la foulée du soft
Emmanuelle et des pionniers américains et européens, le législateur, sous l'impulsion d'associations et de députés conservateurs et réactionnaires, va durcir le ton. C'est l'inique « loi X » du 30 Décembre 1975, qui va enfermer le cinéma porno dans un ghetto en lui imposant de drastiques contraintes économiques. Dès lors, les budgets vont s'effondrer, de même que le nombre de cinémas spécialisés et de spectateurs. Les auteurs dressent un bilan sévère de cette période, regrettant que les cinéastes d'alors se conformèrent sans rechigner à cette nouvelle donne, tournant à la va-vite une multitude de films médiocres et interchangeables, sans vision artistique, le manque d'exigence du public n'incitant pas non plus à faire preuve de créativité. Le renoncement à toute ambition est désormais acté. Les années 80 sont marquées par la banalisation du X et son entrée dans les chaumières (K7 vidéos, diffusion sur Canal+), la surenchère dans les pratiques sexuelles (le « hard-crad »), la starification des actrices, quelques scandales (Traci Lords encore mineure dans ses premiers films, Catherine Ringer « hardeuse » avant de devenir la chanteuse des Rita Mitsouko, la Cicciolina) et l'apparition du Sida. Les deux décennies suivantes ne feront que confirmer et amplifier ces tendances. Soulignons toutefois l'avènement des films amateurs (ou « pro-am »), l'arrivée en force d'actrices venues de l'Est lors des années 90 (chute du mur de Berlin aidant) et l'irruption de la pornographie dans le cinéma traditionnel (
Romance X,
Baise-moi,
Le Pornographe ...).
2) Les spécialités
Le cinéma pornographique s'est toujours amusé à parodier les plus grands succès du 7ème Art, que ce soit en empruntant leur trame scénaristique, personnages ou scènes-clé, etc..., avec des détournements de titres souvent humoristiques. A côté de ce sous-genre majeur à l'inépuisable filon, concernant plutôt des super-productions de porno « généraliste » et « consensuel », on trouve des films spécialisés pour publics aux passions exclusives. Citons le SM (sado-maso), les films gays/lesbiens, les (fausses) adolescentes ou encore les « bizarreries » les plus extrêmes et les moins ragoûtantes.
3) Les 41 films incontournables
Pour cette sélection chronologique forcément subjective, les sept auteurs ont voulu respecter plusieurs critères : étalement dans le temps, diversité des origines géographiques et équilibre entre ½uvres marquantes et coups de c½ur plus personnels. Le résultat est globalement satisfaisant : des pionniers américains et français des 70's à l'activiste féministe Ovidie, des esthètes Andrew Blake et Michael Ninn (venus du clip et de la pub) au « pape » du « porno chic » Marc Dorcel, du grivois autant que lubrique Michel Ricaud à l'« intello » John B. Root, la plupart des réalisateurs les plus emblématiques et originaux du genre y sont. Notons, outre trois films gays, la présence des classiques « Behind The Green Door » (les frères Mitchell),
Devil in Miss Jones (Gerard Damiano),
L'Empire des Sens (Nagisa Oshima), de l'exceptionnel « Mes nuits avec... Alice, Pénélope, Arnold, Maud et Richard » de Michel Barny (remake coquin de
La Grande Bouffe de Marco Ferreri), de « La Femme Objet » de Frédéric Lansac avec la sublime Marilyn Jess, du fétichiste et luxueux « Les Bas de Soie Noire » de Burd Tranbaree (l'un des derniers grands succès du X hexagonal avant l'arrivée de la vidéo) ou encore de « Bourgeoise et... P*te » de Gérard Kikoïne avec l'étonnante Cathy Ménard (pas du tout le look de la porno-star typique, mais brune aux cheveux courts avec un air sévère, plus dans le style Kristin Scott-Thomas).
4) Actrices, acteurs, réalisateurs et leurs filmographies
Il était évidemment impossible de lister tous les acteurs et actrices d'un genre au fort taux de roulement (du moins chez les actrices), mais pourquoi avoir privilégié des « starlettes » à la carrière « météorite » (Jade, Tennessy, voire Draghixa) au détriment des plus célèbres Jeanna Fine et Deidre Holland, ou même de Dominique Saint Clair, à l'exceptionnelle longévité (17 ans) ? Et chez les hommes, comment faire l'impasse sur Peter North, Joey Silvera ou Dominique Aveline (l'un des « 4 Mousquetaires » du X français des 70's avec Richard Allan, Alban Ceray et Jean-Pierre Armand, eux bien mentionnés) ?
Vous l'avez compris : indispensable à tous les amateurs du genre. En attendant une éventuelle réédition, ces derniers devront toutefois faire preuve de patience et de ténacité pour dénicher à bon prix un exemplaire. Enfin, l'ouvrage contient de nombreuses photos explicites sur lesquelles vous pourrez vous rincer l'½il. Mais ce serait dommage de le salir... ;-)
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