Extrait de l'avant-propos
Une histoire, des histoires
C est par la ligne de crête que nous avons voulu aborder l'histoire du cinéma. Nous avons choisi les grands réalisateurs, les acteurs et actrices mythiques, les âges d'or, les bonds en avant techniques, les grands moments de fièvre créatrice, les écoles et les mouvements qui ont ouvert de nouvelles voies. C'est à partir de ces sommets que nous avons voulu vous faire découvrir l'univers enchanté du cinéma que l'imagination des cinéastes n'a cessé d'enrichir et de renouveler depuis plus d'un siècle. Sur ces hauteurs, nous avons trouvé Chaplin et Ozu, Fellini et Welles, Bergman et Renoir, Hitchcock et Dreyer, Kubrick, et tant d'autres figures exceptionnelles dont nous avons tenté de synthétiser l'oeuvre. C'est bien d'une Ruée vers l'or ou d'une Chevauchée fantastique dont il s'agit ici mais sans Règle du jeu ni Guerre des Etoiles, simplement pour le plaisir de dire Amarcord («Je me souviens»).
Par souci de clarté, nous avons scindé l'ouvrage en cinq grands chapitres : Le cinéma muet (1895-1928), L'âge d'or des studios (1929-1944), Entre rêves et réalités (1945-1958), Les Nouvelles Vagues (1959-1975) et Des cinémas du monde entier (1976 à nos jours).
Une telle approche comporte nécessairement une part de subjectivité, même lorsqu'elle est faite avec scrupule et affinée dans des discussions collégiales mettant aux prises des universitaires, des journalistes et des praticiens du cinéma. On pourra toujours nous reprocher d'avoir privilégié tel ou tel acteur, tel ou tel réalisateur par rapport à d'autres mais il n'y en a guère que nous ayons complètement passé sous silence : on retrouvera souvent une apparente omission réparée au détour d'un encadré, d'une chronologie, ou d'une légende. Les photos et les légendes sont d'ailleurs une voie d'accès, tout à fait légitime, à cette «histoire visuelle» du cinéma car chaque photo a été choisie non seulement en fonction de ses qualités graphiques mais aussi de l'information qu'elle contient et qu'explicite la légende, toujours substantielle. Nous avons souhaité que l'ouvrage reflète la richesse et la diversité du cinéma et notamment dans ses deux dimensions essentielles : celle du divertissement (des sériais et des films de Méliès jusqu'aux films d'aventures en passant par la science-fiction et le film catastrophe) et celle de la création artistique (des films d'Abel Gance à ceux d'Orson Welles, de Rossellini, Jean-Luc Godard ou Bergman). En feuilletant le livre, chaque lecteur peut ainsi retrouver le ou les cinémas qu'il aime tout en allant à la découverte d'univers cinématographiques qu'il ne connaît pas encore. Entre terrains connus et terres étrangères, le voyage se veut avant tout enrichissant.
Mais de même qu'un film ne comporte pas que des gros plans, ce livre prend régulièrement un peu de champ pour faire un panoramique sur les principaux mouvements, écoles ou genres, revisités à chaque époque de mutation importante, ajoutant ainsi une dimension de «quadrillage» encyclopédique. De fait, revisiter l'histoire du cinéma, c'est aller d'âge d'or» en «nouvelle vague», de - renouveau - en - renaissance». Il y eut des» nouvelles vagues» bien avant celles joyeusement soulevées par Truffaut, Godard et les Jeunes-turcs du cinéma français. À l'époque du cinéma muet, le cinéma anglais de 1896 à 1904 vit au rythme de l'inventive et fondatrice école de Brighton, tandis que dans les années 1920 l'expressionnisme allemand fait naître d'immortels chefs-d'oeuvre comme Nosferatu ou Métropolis et qu'au même moment le russe Dziga Vertov et ses émules révolutionnent le langage cinématographique. Puis les années 1930 à 1950 virent le triomphe des studios et le cinéma américain produisit ses chefs-d'oeuvre : comédies musicales, westerns, films fantastiques, films d'aventures. C'est le triomphe absolu des films de genres et des films de stars. En Europe comme aux États-Unis, les années 1960-1970 furent placées sous le signe du changement et les cinéastes ne furent pas en reste : le Brésilien Glauber Rocha entraîne le continent sud-américain dans l'aventure du Cinéma Novo, de jeunes cinéastes allemands comme Wenders, Schlöndorff ou Fassbinder interrogent le passé national pour mieux se tourner vers demain et l'Europe de l'Est connaît avec Andrzej Wajda en Pologne ou Milos Forman en Tchécoslovaquie des printemps plus ou moins prometteurs. Aux États-Unis, le vieil Hollywood voit sa toute-puissance contestée par des cinéastes indépendants à l'image de John Cassavetes ou soucieux de leur singularité comme Coppola et Scorsese. Nous avons donc remonté le temps et revisité ces grandes périodes de mutations et de remises en cause artistiques.