6 nouvelles, trois du cycle Nick Adams ("Le champion", "Un village indien", "Les tueurs"), trois consacrées à trois passions d'Ernest Hemingway : la boxe ("Cinquante mille dollars"), les courses ("Mon vieux") et la tauromachie ("L'invincible").
Trois très bonnes nouvelles (les trois Nick Adams avec comme chef de file "Les tueurs", portaits de "hit- men" qui rappellent le Murder Incorporated, les Dashiell Hammett ou les Chandler, la silhouette de Bogart et toute l'ambiance de violence dans laquelle baignent les Etats-Unis d'Amérique), deux excellentes ("Cinquante mille dollars" et "Mon vieux" nouvelles dures écrités dans un style direct avec un savoir-faire particulièrement affirmé dans la conduite des dialogues) et un chef d'oeuvre : "L'invincible".
Cette dernière nouvelle raconte comment un matador, de retour de blessure, torée, la nuit, dans une arène face à un public invisible et progressivement hostile à son art, un taureau personnifiant l'envie de tuer. L'obtention du droit de combattre auprès d'un organisateur dépourvu d'une moindre once de sentiment, l'accord de présence dans le cercle de lumière arraché à un picador, professionnel jusqu'au bout de sa pique, le combat avec, en arrière plan un matador (Fuentes) promis à un grand destin, et l'affrontement avec une bête en furie, tout cela est raconté de façon impressionnante, ce pour une raison très simple : on est dans l'arène, on est le picador Zurrito, on est le matador Manuel, on est le toréador Fuentes et on est le taureau. La dynamique descriptive qu'impose Hemigway à son texte crée un effet de présence permanente auprès des acteurs de ce combat à mort. Cet homme était un "aficionado" et un très grand écrivain centré sur l'action et ses mouvements (le combat de boxe, la course de haies et la corrida sont autant de reportages "filmés" que des oeuvres littéraires). Savoir écrire comme ça est la marque d'un inimitable talent.