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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Identité, langage, solitude : un questionnement philosophique et intellectuel,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cité de verre (Album)
Il s'agit de l'adaptation en bande dessinée du roman Cité de verre (1985) de Paul Auster. La transposition du roman sous forme de scénario a été réalisée par Paul Karasik, et la mise en images par David Mazzucchelli. Cette version date de 1994.Tout commence par un faux numéro, une erreur d'identité. Une femme cherche à joindre le détective privé Paul Auster, mais ses appels aboutissent chez Daniel Quinn, un écrivain vivant seul qui publie des romans policiers sous le pseudonyme de William Wilson. Quinn a perdu sa femme et son enfant et il vit dans l'ombre de William Wilson, et de son détective privé de papier appelé Max Work. Dans cet état d'esprit un peu particulier, il finit par endosser le nom de Paul Auster et accepter de rencontrer Virginia Stillman, la correspondante souhaitant l'engager. Il se rend chez elle, dans un appartement cossu et luxueux et rencontre son fils Peter. Celui-ci souffre d'une difficulté de langage et explique péniblement qu'il a été victime de maltraitance de son père qui a été condamné et qui doit sortir de prison bientôt, après 13 ans d'incarcération. Quinn accepte d'épier Peter Stillman père dès qu'il remettra les pieds à New York. Je n'ai pas lu le roman de Paul Auster, et je ne pourrais donc pas établir de comparaison entre cette adaptation et l'original. Le premier point positif est que le lecteur a la sensation de lire une vraie bande dessinée, et pas une adaptation qui essaye de caser autant de textes d'origine que possible. Il subsiste, dans la narration, un parfum très littéraire : les thèmes abordés et la structure du récit relèvent d'une construction littéraire sophistiquée et complexe. Le premier signe de mise en abyme réside dans la nature du personnage principal qui est un écrivain (double fictif et déformé de l'auteur). Le deuxième signe apparaît quand le lecteur apprend que cet écrivain utilise un nom de plume. Et l'étendue du jeu de miroir prend de l'ampleur avec la mention (et plus tard l'apparition) d'un personnage appelé Paul Auster. Il faut également prendre en compte que Peter Stillman (le père) est également un écrivain qui a effectué des recherches sur la nature théologique du langage, et Peter Stillman (le fils) est un poète de renom. Pourtant ce qui pourrait être un dispositif vertigineux, complexe et lourd s'avère naturel dans le cadre de ce récit qui revêt les apparences d'une enquête policière. Paul Auster (le vrai, l'auteur) enchevêtre avec habilité les fils narratifs de l'intrigue policière, les réflexions philosophiques et existentielles de Daniel Quinn, et les métacommentaires de nature postmoderne. Il est très facile pour le lecteur de ressentir de l'empathie pour cet individu qui a organisé sa vie de manière à se mettre à l'abri de la souffrance psychologique, qui profite de la solitude propre aux grandes métropoles et qui succombe à la tentation de renouer des contacts avec d'autres êtres humains en se protégeant derrière une usurpation d'identité. En tant que bande dessinée, l'adaptation de Karasik et Mazzucchelli constitue une expérience envoutante, à la hauteur des thématiques littéraires. Mazzucchelli utilise un style plutôt réaliste, un peu épuré et simplifié pour les personnages, plus rigoureux et méticuleux pour les décors. Dès la deuxième page, il apparaît que les illustrations font écho aux thèmes, avec une mise en abyme visuelle à partir d'un téléphone. Ces 6 cases forment un enchaînement très impressionnant dans le sens où la première est entièrement abstraite, la seconde comprend un symbole numérique (le chiffre zéro), la signification de la troisième n'est pas compréhensible hors du contexte des autres cases, la quatrième ne comprend qu'une icône (au sens de symbole graphique) et les 2 dernières donnent du sens à ce travelling arrière. Les images de cette bande dessinée couvrent un spectre visuel s'étendant de la représentation concrète des personnages et de leur environnement, jusqu'à l'abstraction en passant par les icônes. Peu d'illustrateurs sont capables d'utiliser autant de registres graphiques à bon escient. C'est bien en ça que cette adaptation justifie son existence : elle ne se limite pas à une mise en images compétente du roman. Les images de cette bande dessinée offre une visualisation des concepts philosophiques et métaphysiques au coeur de la narration. Elles complémentent et illustrent des concepts complexes. Karasik et Mazzucchelli ont su trouver des solutions graphiques efficaces et compréhensibles pour parler de questionnements fondamentaux sur l'identité, le langage, la représentation du réel. Il n'y a qu'une seule séquence qui m'a perdu, ce sont les illustrations du monologue de Peter Stillman fils. Ce roman graphique propose une histoire postmoderne passionnante comme un roman policier, sous la forme d'une bande dessinée qui utilise à plein ses spécificités pour exprimer visuellement des concepts philosophiques et existentiels, sans perdre le lecteur. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Quadrophenia,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Cité de verre (Album)
Remis en selle par le succès mérité d'Asterios Polyp , il semble nécessaire de rappeler que Mazzuchelli avant de pondre cet album majeur n'est pas sorti de la cuisse de Jupiter .
Après le passage que l'on sait pour Daredevil et Batman , Mazzuchelli s'est retiré du super héroïsme pour retourner à l'underground , ce qui est déjà en soi une démarche honorable lorsque l'on connaît des auteurs de talent , voire de génie ( Alan Moore??? ) qui tacheronent sans vergogne pour DC/Marvel/Images . La rencontre Auster / Mazzuchelli est à la hauteur de toute attente , la trilogie new yorkaise étant , à mon sens l'un des plus grands roman du 20ème siècle . On y retrouve toutes les obsessions d'Auster : New-York , la fragilité de l'identité , la facilité avec laquelle celle ci peut se déconstruire , les SDF , la folie que peut engendrer l'écriture . Cité de Verre raconte l'histoire d'un homme brisé après la mort de sa famille. Celui-ci est au bord du gouffre en écrivant des nouvelles d'un détective sous un pseudonyme. Lorsque un appel anonyme le confond avec un détective privé , Quinn endosse une quatrième identité dans une ville impitoyable qui le conduira à sa perte . Le génie d'Auster est de bâtir des intrigues à la complexité vertigineuse sans jamais laisser le lecteur en rade , ce qui n'est pas le cas de 90% de ses confrères . Il prouve ainsi avec une aisance mathématique qu'un grand écrivain peut être compris sans aliéner son talent . Mazzuchelli ne pouvait qu'être l'homme de cette adaptation graphique. Son trait délaisse toute frime graphique pour taper en plein coeur à chaque case. Le défi pouvait impressionner car il s'agit de dessiner une odyssée mentale psychotique. Mazzuchelli à aucun moment ne se dégonfle et illustre des planches admirables d'imagination et d'audace. Lorsque par exemple il s'agit d'illustrer la perte d'identité de Quinn , il lui suffit de dessiner une empreinte digitale se transformant progressivement en labyrinthe ! Terrifiant ! Il s'amuse également à changer de style en cours de route , adoptant un style plus académique pour les passages faisant référence à la Bible , dessine des logos de manuel de sécurité pour décrire un incendie ou se transforme en dessinateur de roman noir lorsque Quinn se prend pour un privé . Enfin, les fans de Daredevil: Born Again apprécieront la séquence où Quinn , anéanti par cette traque où fiction et réalité s'entremêlent , parle à une horloge parlante , comme Matt Murdock réduit à l'état d'épave après sa défaite face au Caid . Paul Karasik illustre également avec brio la séquence du délire de Peter Stilman parachevant le vertige profondément angoissant de cette histoire . Cité de Verre , supervisé par le légendaire Art Spiegelman qui en signe la préface , comme les films de Kubrick adaptés de roman , donne l'impression de surpasser le roman d'Auster , tant il est vrai qu'il est impossible d'en oublier les illustrations et , qu'à contrario de tous ces écrivains qui s'incrustent dans le monde des Comics avec perte et fracas , Mazzuchelli s'est parfaitement approprié l'oeuvre d'Auster devenant littéralement la cinquième identité du livre ! Chapeau ! Ps: j'invite ceux qui veulent découvrir Cité de Verre à préférer cette édition à la première ( celle avec un fond jaune ) , le papier étant de meilleure qualité rend mieux les reliefs . Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Roman graphique,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Cité de verre (Album)
Ce n'est pas du roman en lui-même dont je veux parler ici, mais plutôt de son adaptation en bande dessinée. je savais Paul Auster ouvert au monde de l'image et particulièrement à celui de sa figure de proue ; le septième art.
Plus rare ici et peut-être unique sinon singulier, l'adaptation de son roman "Cité de verre" en bande dessinée par Paul Karakasik et David Mazzuchelli (Acte Sud BD). Art Spiegelman dans sa préface le taxe de "roman graphique", mettre les mots en images voilà qui n'est pas une mince affaire, mais qui est une idée très novatrice. Les comics des années soixante, soixante dix sont aujourd'hui adaptés au cinéma, grâce à l'évolution de la technologie en matière d'effets spéciaux, avec un certain succès. Parfois même certaines scènes tirées de films tels : "Spiderman", "Ulk" ou bien encore "Batman begins" évoquent textuellement oserais-je dire les mêmes plans que les comics originaux. L'occasion de belles réminiscences à caractère nostalgique. Tardy en adaptant "le procès verbal" de Jean-Marie Gustave Le Clézio ou bien encore "Voyage au bout de la nuit" de Louis Ferdinand Céline incluait le texte intégral. Ici c'est un travail différent, puisque l'adaptation est totale, le texte est inclut dans la bande dessinée, il fait corps avec elle. Une idée résolument originale, qui place la BD sur le même plan que le ciné et en fait une adaptation à part entière. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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